Nutrition animale : compétitivité et investissement comme clé de voute de la souveraineté alimentaire
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- Auteur : Diane Delangle
Un cap chiffré : +1,2 % par an
Pour répondre aux ambitions fixées lors des conférences de souveraineté, la production française d’aliments composés devrait progresser de +1,2 % par an d’ici 2030, afin d’atteindre plus de 20,8 millions de tonnes.
Derrière ce chiffre, un enjeu direct pour les élevages : sécuriser l’approvisionnement, limiter les importations et accompagner la montée en puissance des cheptels. La nutrition animale joue un rôle charnière entre grandes cultures et productions animales. Aujourd’hui, près des trois quarts des matières premières utilisées sont d’origine française, participant à la valorisation des céréales et oléoprotéagineux du territoire.
Pour les éleveurs avicoles, cela signifie une chose essentielle : la capacité de produire dépend aussi de la capacité des fabricants d’aliments à investir et à rester compétitifs.
150 M€ supplémentaires en cinq ans
Le secteur chiffre à 150 millions d’euros les investissements exceptionnels nécessaires sur cinq ans, en complément des 180 millions déjà engagés chaque année. Modernisation des usines, capacités de stockage, automatisation, robotisation : l’outil doit gagner en performance.
Mais les industriels alertent : des résultats économiques structurellement faibles freinent leur capacité à investir.
Quatre demandes au Gouvernement
Dans ce contexte, le SNIA formule quatre priorités :
1) Inscrire dans la loi un nouvel axe politique : simplifier et faire évoluer le cadre réglementaire
Passer d’un « réflexe de contrainte » à une réglementation et une application orientées vers l’incitation à la production et à la transformation.
- Évaluer toute mesure réglementaire ou législative au regard de l’objectif de souveraineté, organiser des réévaluations périodiques et engager une revue technique des réglementations existantes.
2) Poursuivre les travaux sur les enjeux majeurs de la nutrition animale en matière de souveraineté
- Aider les agriculteurs à produire massivement des protéines végétales compétitives pour l’élevage (surfaces d’oléoprotéagineux, qualité des céréales, surfaces fourragères) et revoir/renforcer le plan protéines en France et en Europe.
- Engager une politique industrielle en Europe et sur les territoires, favorable à la production de vitamines et d’acides aminés.
3) Mettre en œuvre des mesures opérationnelles déjà identifiées et évaluées pour plus de compétitivité sur la logistique
- Dérogation pour les livraisons d’aliments pour animaux lors des jours de restriction de circulation des camions.
- Autoriser les camions « porteurs » à circuler avec un poids total en charge de 35 tonnes (+3 tonnes par voyage).
- Autoriser le 44 tonnes transfrontalier, au moins pour les dessertes locales (pays à pays).
- Normaliser le calcul des valeurs « carbone » sur la base des propositions professionnelles.
- Imaginer une valorisation économique de la performance environnementale.
4) Faire évoluer les incitations économiques : investir pour produire
- Mettre en place un suramortissement pour les investissements reconnus en faveur de la souveraineté alimentaire.
Suramortissement : un ciblage jugé essentiel par la profession
Le suramortissement permet aux entreprises de déduire fiscalement une part supplémentaire du coût de leurs investissements, en plus de l’amortissement classique. Il réduit ainsi l’impôt à payer et le coût net de l’investissement, sans modifier le résultat comptable. Pour les entreprises de nutrition animale, en réduisant le coût fiscal du capital, le suramortissement améliorerait la rentabilité après impôt des projets d’investissement et favoriserait leur déclenchement, en particulier pour la modernisation industrielle, l’automatisation des lignes de production ou la transition énergétique. Le ciblage sur les entreprises à faible valeur ajoutée et sur les investissements productifs reconnus d’intérêt par l’objectif de souveraineté permet de concentrer l’effort public sur les acteurs des filières les plus contraints financièrement.