Se réapproprier son matériel pour une meilleure qualité de l’eau

25 mai 2020 - Filières Avicoles

De nombreux facteurs peuvent dégrader la qualité de l’eau. Mais il suffit parfois de gestes simples pour l’améliorer. Et cela passe notamment par une bonne maintenance de son matériel. C’est en tout cas ce que constate Bruno Sand, responsable technique biosécurité chez Theseo.

Quels sont les erreurs fréquentes et points faibles concernant l’hygiène de l’eau ?

C’est un sujet plutôt bien suivi par les éleveurs. La plupart connaissent la qualité de leur eau, d’un point de vue physicochimique comme microbiologique. Néanmoins, on constate parfois des erreurs dans le choix du traitement. Il existe quand même plusieurs molécules et toutes ne sont pas adaptées en fonction du type d’eau, de la dureté, du pH, etc. Des éleveurs sont parfois tentés d’opter pour des solutions simples, sans doute moins coûteuses, mais qui nécessitent au préalable une certaine qualité d’eau. Or, ce n’est pas toujours le cas. Pour compenser la mauvaise qualité de l’eau, ces éleveurs vont alors mettre trois voire quatre fois la dose et perdent l’intérêt économique lié au choix du traitement.

Quels conseils donneriez-vous pour maintenir un bon niveau de qualité de l’eau ?

Il existe des systèmes de purge automatisés efficaces, des rampes d’abreuvement assez performantes avec des circulations en continu… Mais je conseillerais avant tout de revenir aux choses basiques.

On constate en effet qu’il y a parfois des choses assez simples qui sont mal faites, voire pas faites du tout, notamment le nettoyage et la désinfection des lignes d’abreuvement. C’est une étape incontournable au vide sanitaire, pas coûteuse, pas très chronophage et qui permet de repartir sur un lot avec une eau de bonne qualité.

Je recommanderais de nettoyer en utilisant un détergent alcalin ou biotique pour retirer le biofilm, puis enlever les dépôts minéraux avec un détergent à base d’acides et de peroxyde d’hydrogène qui vont détartrer et désinfecter en même temps. En soi, ces dépôts ne sont pas contaminants, mais ils vont gêner le débit des canalisations, favoriser l’adhésion des micro-organismes et faciliter le développement de biofilms.

Souvent, certains éleveurs vont seulement faire une désinfection sans enlever le biofilm au préalable et auront un nettoyage de ligne qui ne sera pas optimal.

À l’inverse, on constate aussi des éleveurs qui vont laisser agir le produit toute la nuit. En laissant agir trop longtemps, des biofilms risquent de se décoller puis se redéposer. Et si l’éleveur a le malheur de rincer sans purger, les matières vont rester dans les canalisations.

À l’intérieur de la tubulure, les tiges métalliques sur lesquelles les oiseaux appuient pour boire ressortent un peu. Ainsi, même quand la canalisation est vide, il va rester un petit film d’eau dans le bas de la canalisation, au niveau de ces pipettes. Il est donc important de purger.

En début de lot, le débit d’eau est faible et l’ environnement très chaud, les lignes d’abreuvement sont donc très propices au développement des micro-organismes, ce qui peut expliquer les mauvais démarrages.

Je conseillerais aussi d’effectuer une purge avant les pics de consommation. L’eau fraîche aura un impact positif sur la consommation d’aliment. Et la purge va aussi limiter la formation de biofilm.

De toute façon, dans la majorité des cas, on voit assez vite qu’en partant d’une eau de bonne qualité, on améliore les résultats.

De plus en plus d’éleveurs optent pour l’électrolyse, qu’en pensez-vous ?

Cela représente toute une machinerie. Souvent, l’éleveur ne va pas oser y toucher, et ces systèmes amènent donc forcément de la maintenance.

Que pensez-vous des systèmes plus classiques (chlore, hydrogène) avec pompes doseuses ?

Dans la majorité des cas, les éleveurs se font installer la pompe doseuse qui correspond au produit qu’ils utilisent. Mais s’ils veulent changer de produits, ils sont incapables de savoir comment manipuler leur pompe. La société l’a paramétrée à l’installation et ensuite, les éleveurs n’y touchent plus. Ils sont donc coincés avec leur produit. Or, c’est assez simple et cela mérite de s’y pencher.

Maintenant, il y a aussi de nouvelles pompes qui envoient des alertes pour signaler à l’éleveur qu’une maintenance doit être faite. C’est une bonne chose. Mais la plupart des pompes n’ont pas de système d’alerte, et dans de nombreux cas, les maintenances ne sont pas faites. Après cinq ou six ans d’utilisation, certaines pompes n’enverront plus du tout la même quantité de produit qu’annoncée sur les données constructeurs, par manque de maintenance. Il est donc vraiment important que les éleveurs s’approprient le matériel ou a minima qu’ils prennent conscience qu’un entretien est nécessaire. C’est une idée qui est bien intégrée pour le gros matériel, mais beaucoup moins pour les petits équipements.

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