Poulets de chair : pourquoi certains explorent-ils davantage les parcours ?

24 janvier 2020 - Filières Avicoles

Les poulets de chair les plus explorateurs des parcours seraient en fait moins capables de comprendre leur environnement que ceux qui restent à proximité des bâtiments. C’est ce que démontre une récente étude menée par des chercheurs de l’Inrae et de l'Yncréa Hauts-de-France (Isa Lille). Des recherches qui permettraient de mieux comprendre le comportement des animaux et à terme concevoir des élevages encore plus adaptés et plus respectueux du bien-être animal.

Certains poulets explorent les zones les plus éloignées du parcours alors que d’autres les explorent très peu et restent à proximité de leur bâtiment d’élevage. Cette différence de comportement suggère que l’utilisation du parcours dépend de l’individu lui-même, de la façon dont il perçoit, traite et mémorise les informations de son environnement.

Des scientifiques d’Inrae et de l'Yncréa Hauts-de-France (Isa Lille) ont cherché à savoir si l’utilisation différente du parcours selon les individus pouvait dépendre de leurs capacités cognitives (c’est-à-dire les capacités du cerveau qui permettent aux individus de communiquer, de percevoir, comprendre leur environnement).

Ils ont ainsi soumis les poulets à un test habituellement utilisé chez d’autres animaux pour évaluer leur flexibilité comportementale ou cognitive. Ce test consiste à placer une récompense alimentaire à l’intérieur d’un tube cylindrique transparent. Pour récupérer la récompense, les animaux doivent comprendre qu’ils ne peuvent pas avoir accès directement à la nourriture en picorant la paroi du tube. Ils en déduisent la nécessité de contourner le tube et se diriger à l’une de ses extrémités. Ce test implique que l’animal traite les informations issues d’une situation donnée (la nourriture n’est pas accessible), afin d’élaborer une réponse adaptée (contourner le tube). Les résultats montrent que les poulets sont capables de résoudre cette tâche et font preuve de flexibilité cognitive.

À l’issue de l’étude, il apparaît que les individus les moins explorateurs de leur parcours sont ceux qui, au cours du test, comprennent plus rapidement qu’il ne sert à rien de picorer la paroi du cylindre et qui s’adaptent davantage en contournant plus souvent le tube pour récupérer la récompense. Ce résultat est plutôt contre-intuitif, dans la mesure où les poulets les moins explorateurs sont ceux qui font preuve d’une plus grande flexibilité cognitive que ceux qui explorent beaucoup le parcours.

Cette étude vient conforter d’autres résultats obtenus récemment par le même groupe de scientifiques d’Inrae et de Isa Lille - Yncréa Hauts-de-France (Ferreira et al., 2019). Ils avaient révélé que les poulets les moins explorateurs se distinguaient aussi des plus explorateurs dans leur aptitude à traiter plus finement les informations de leur environnement et à mieux les mémoriser. Cette aptitude pourrait guider leur décision et inhiber leur motivation à explorer un parcours extérieur (une hypothèse serait qu’ils se rendent davantage compte des risques encourus dans un milieu ouvert). Ces études mettent donc en évidence l’existence d’un gradient de profils cognitifs entre les individus d’un même groupe de poulets.

Des études complémentaires sont nécessaires pour mieux comprendre et interpréter ces différences de capacités cognitives et pour découvrir par quels mécanismes elles influencent le comportement explorateur des animaux.

 Dans le cas de l’élevage de poulets en plein air, ces connaissances sont essentielles pour concevoir des élevages mieux adaptés à l’expression des comportements des animaux et ainsi plus respectueux de leur bien-être.

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