Nicolas Vacquier mise sur la communication pour vendre sa production

13 juillet 2019 - Cécile Agusti

Eleveur de poulets, pintades, dindes et chapons à Luc-la-Primaube (Aveyron), Nicolas Vacquier écoule sa production en circuit court. Tous les deux ans, il invite ses clients à une journée festive sur son exploitation des Volailles de Ruols pour leur faire visiter ses installations et leur expliquer son système de conduite d’élevage original basé sur des pâturages tournants irrigués. Le dernier «dimanche à la ferme» a eu lieu le 30 juin.

De la musique, des amis réunis autour du bar, des familles déjà à table qui se régalent de poulet sauté à l’aveyronnaise. En ce 30 juin, c’est jour de fête chez les Volailles de Ruols à Luc-la-Primaube (Aveyron). Malgré la température qui flirte avec les 40° C, beaucoup de monde a répondu à l’invitation de Nicolas Vacquier, le propriétaire des lieux. Tous les deux ans, l’éleveur de 37 ans organise «un dimanche à la ferme», une journée festive au cours de laquelle il invite ses clients à découvrir son exploitation. «Pour quelqu’un comme moi qui fait de la vente directe et du circuit court, communiquer est primordial, explique-t-il. On peut avoir les meilleurs volailles du monde, si personne ne le sait…»

Alors depuis le matin, il enchaine les visites de son exploitation. «Je ne saurais dire combien j’en ai déjà fait», sourit-il le temps d’une pause hydratation. Mais déjà, il faut repartir. Par petits groupes, les consommateurs se pressent pour découvrir comment sont élevés les poulets qui font le bonheur de leurs papilles depuis près de cinq ans…

Nicolas Vacquier n’a pas toujours été aviculteur. Quand il s’installe en 2006, c’est sur un atelier de vaches laitières qu’il s’associe avec un voisin. Mais quand ce dernier part à la retraite en 2014, il décide de changer de production. «Tout seul, ça ne m’intéressait pas de continuer les vaches. Et puis les bâtiments étaient sur les terres de mon voisin. L’exploitation familiale qui se transmet de père en fils depuis sept générations a toujours été petite alors j’ai choisi de partir sur de la volaille.» Sur les 13,5 hectares dont il dispose, 2,5 sont consacrés à son élevage. Sur 7 hectares d’une parcelle relativement pentue et toute en herbe, il prend une dizaine de vaches en pension de mars à octobre. Les 4 hectares restant sont laissés à un voisin qui y cultive de la luzerne en contrepartie du stockage du matériel de l’exploitation.

Pâturages tournants et irrigués

Quand le 20 septembre 2014, Nicolas Vacquier démarre sa première bande, il a une idée très précise de la façon dont il souhaite travailler. «Je n’ai qu’une philosophie : le respect, encore et toujours le respect. Que ce soit pour le bien-être et l’éthique animale, pour le plaisir et de la santé des consommateurs ou encore pour les valeurs du métier. Pour y parvenir, je tente de mettre en place le système de conduite d’élevage idéal.»

Chaque mois, il rentre 500 poussins et 50 pintades démarrées (9 semaines). Les poussins restent en poussinière jusqu’à l’âge de 6 semaines puis sont installés dans des cabanes de 60 m² jusqu’à 20 semaines. Les pintades sont logées dans des cabanes à part, biosécurité oblige. Pour les fêtes de fin d’année, le producteur élève également 80 chapons et 120 dindes. A la basse-cour, s’ajoutent une vingtaine de brebis plein air Suffolk qu’il intercale entre les lots de poulets, pendant le vide sanitaire de deux mois. «Elles utilisent le même bâtiment que les volailles et leur rôle est de ramasser l’herbe laissée par les poulets.»

Car la particularité de l’élevage de Nicolas Vacquier est d’être basé sur l’herbe et les pâturages tournants. Chacune des neuf cabanes dispose ainsi de 2 500 m² de parcours partagé en deux. «Avoir deux parcours par cabane me permet d’avoir une pâture toujours abondante. En fonction de la météo, les volailles sortent sur l’un ou l’autre. Ce changement d’environnement leur est très bénéfique. Et à partir de 16 semaines, je mets en place le sexage pour éviter que les coqs piquent et dérangent en permanence les poules. Je sépare la cabane en deux à l’aide d’une cloison amovible et chaque sexe a accès à un parcours différent. Hors période de sexage, pendant que les volailles sont sur un parcours, l’autre est entretenu, tondu et arrosé sans que les volailles soient mouillées.»

Pour avoir une herbe de qualité, Nicolas Vacquier mise en effet sur l’irrigation. De sa période d’éleveur bovin, il a conservé un quota d’eau 3 250 m3. «J’arrose les parcours enherbés pour diminuer la consommation d’aliment. Ce système me permet d’assurer une qualité optimale pendant la période critique des fortes chaleurs. Et avoir de l’herbe toujours verte est un atout supplémentaire pour communiquer.»

Alimentation enrichie en graine de lin

Pour Nicolas Vacquier, l’élevage en plein air est une évidence. Mais restait la question de l’ouverture et de la fermeture des trappes, très contraignante, en période estivale. Il a tout simplement décidé de s’en affranchir en les laissant ouvertes en permanence de fin mars à octobre. «Cela permet aux volailles de profiter du jour au maximum tout en m’enlevant une astreinte et en m’offrant une souplesse de travail très appréciable.» Pour se prémunir du renard, il a toutefois installé une clôture électrique tout autour de son atelier. Trois fils lisses ont été tirés sur toute la périphérie des parcours à environ 15 cm du sol, 60 cm et 1,20 m. «Ça a été un investissement et a demandé beaucoup de travail mais à part quelques rapaces, je n’ai pas de problèmes de prédateur.» Le dispositif demande toutefois beaucoup de suivi. Deux heures par semaine, Nicolas Vacquier entretient les bordures au rotofil pour ne pas laisser l’herbe atteindre le fil et désactiver le système. «Utiliser des produits phytosanitaires me simplifierait la tâche, mais cela irait à l’encontre de mes convictions. Je ne veux pas prendre le risque que mes poulets ingurgitent des résidus de pesticides.»

Pour l’alimentation de ses volailles, Nicolas Vacquier ne veut «que du naturel et du sans OGM». Lui-même ne produisant pas de céréales, il se fournit auprès de RAGT Plateau central. «L’aliment comprend des céréales issues des départements du Tarn et de l’Aveyron. Il contient du blé, du maïs, des tourteaux de tournesol, des vitamines, des minéraux et des oligo-éléments. De la graine de lin y est également incorporée car je suis engagé dans la démarche Bleu Blanc Cœur.» Cette association qui entend bien nourrir les hommes en nourrissant bien les animaux, milite pour le retour de végétaux d’intérêt nutritionnel dans l’alimentation animal, tel que le lin… mais aussi l’herbe. «Les dernières analyses réalisées en octobre dernier montrent que mes résultats vont au-delà des valeurs exigées par le cahier des charges Bleu Blanc Cœur et les responsables soulignent que l’herbe a fortement contribué à ces valeurs excellentes. C’est une vraie fierté, un aboutissement du travail que j’ai fait et de cet objectif de bien-être pour mes volailles et de qualité de mes produits.» La certification Bleu Blanc Cœur, qui lui a bien évidemment été renouvelée, garantit en effet aux consommateurs des volailles enrichies en Oméga 3, Oméga 6, acides gras saturés et insaturés. «Ça m’apporte une marque pour ma production et justifie tous mes efforts. Quand les volailles sont bien, elles nous le rendent !»

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