Jean-François Dupire, indépendant et en circuit court

23 avril 2019

En 2007, Jean-François Dupire a décidé d’arrêter ses bâtiments équipés depuis une trentaine d’années de batteries classiques pour monter deux unités de 4 500 poules en volières. L’éleveur pérennisait ainsi l’atelier familial, situé à Landas, près de Lille et spécialisé dans la vente directe. L’exploitation élève aussi des volailles de chair, également vendues en direct.

Douze ans plus tard, l’éleveur nous raconte comment il est parvenu à traverser la flambée des prix de l’aliment tout en préservant son indépendance.

Etes-vous satisfait d’être passé en volière au regard de la conjoncture actuelle ?

Oui ! Nous étions pratiquement les premiers à mettre ce mode d’élevage en place et du côté des accouveurs et les éleveurs de poulettes, rien n’était prêt ! Donc pendant trois ou quatre ans, ce fût assez compliqué, nous avions pas mal de ponte au sol. Maintenant de nombreuses installations ont adopté la volière et les couvoirs ont fait le nécessaire. Aujourd’hui, l’arrivée des poules est beaucoup plus simple !

C’est un mode d’élevage beaucoup plus intéressant, surtout sur le plan technique, car on est au cœur de l’élevage. Il faut presque se mettre à la place de la poule pour comprendre la façon dont on doit procéder. Et on en apprend encore tous les jours !

Vous avez donc pu observer la progression de l’élevage des poulettes en poussinière ?

Oui ! Au départ, cela n’existait pas. Quand nous sommes allés visiter des élevages en Hollande et en Allemagne, qui étaient un peu en avance, on nous avait prévenus. En France, les poussinières ont d’abord commencé avec des plateaux et des systèmes de perchage dans des modes d’élevage classique. Certes, les poulettes montaient mais il y avait toujours des poules qui avaient du mal à trouver les pipettes placées de façon à les inciter à aller dans les pondoirs. Maintenant les techniques ont beaucoup évolué, mais on constate encore des différences ! Quand les poulettes sont réellement élevées par des sociétés pointues, on voit la différence sur l’adaptation.

Avez-vous apporté des modifications à votre bâtiment ?

Dès que les poulettes arrivent, je multiplie les accès pour faciliter les transferts d’un élément à un autre. Je mets pas mal de passerelles vers les endroits difficiles. Pendant les 15 premiers jours, je bloque également la partie basse où les poules ont tendance à se réfugier le soir. Mais maintenant que les poules arrivent éduquées, c’est quand même plus facile.

Etes-vous toujours en vente directe ?

En 2007, nous étions en demi-gros essentiellement. Nous fournissions des magasins, des boulangeries, etc. Puis est arrivée la flambée des matière première en 2008. A l’époque, on payait l’aliment entre 175 et 180 €/t. C’est monté à 230 €/t en 2008 puis 320 €/t en 2010. Notre budget prévisionnel ne tenait plus du tout la route. On perdait entre 100 et 200 euros par jour ! L’investissement étant là, très vite, nous avons décidé de passer du code 2 au plein air et on a ouvert nos ventes au direct sur site, par internet et via les magasins collectifs. On a aussi créé un magasin collectif et parallèlement on a monté un atelier d’abattage et de découpe de volailles, ce qui nous a permis de sortir la tête de l’eau. Nos 20 hectares de terre nous ont permis de faire la balance avec les volailles de chair.

Mais ces flambées des matières premières, ça fait des dégâts ! Je pense notamment aux petits éleveurs… Beaucoup d’exploitations ont du changer leur manière de travailler, faute de matière première accessible. Ce n’est pas normal ! Les fournisseurs d’aliments essaient de faire le tampon en limitant leur marge mais on a quand même du mal à s’en sortir avec ces cours qui restent relativement hauts.

Avez-vous des projets à venir ?Il y a une demande pour le bio, donc on y réfléchit. Mais quand on voit tous les projets qui se mettent en place, on se demande si le bio ne va pas être un piège à terme.Aujourd’hui on est en plein air, on produit un oeuf de qualité. Les gens veulent du contact, connaitre l’origine du produit. Pour l’instant on répond à cette demande. On n’est pas encore  totalement convaincu par le bio qui ne semble pas être une garantie de réussite.Sans compter que l’aliment va être a 500 euros la tonne, avec un oeuf autour de 45 centimes. Après,  la demande est là, donc si on ne le fait pas, risque-t-on de passer à côté ? On se pose la question.Donc on verra en fonction de l’évolution de la filière.

DE L’ÉLEVAGE A LA TRANSFORMATION DES VOLAILLES ET DES ŒUFS

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