Volaille de chair : Bilan et perspectives

15 janvier 2019

Plusieurs évènements auront marqué l’année 2018 pour la filière Volaille de chair : la création de l’interprofession Volaille de Chair en avril dernier et son plan de filière, l’adoption de la loi EGALIM qui vise à rééquilibrer les rapports de forces entre producteurs et distributeurs, mais aussi une hausse des matières premières et de nouveaux scandales sanitaires dans les abattoirs qui participent à générer une certaine défiance des consommateurs envers l’élevage. En parallèle, la reprise de Doux et la réorganisation d’une partie de ses activités vers le marché intérieur sont aussi un nouvel élan dans la reconquête du marché français par la filière.

Yann Brice, délégué général CIDEF-CIPC-CICAR, dresse le bilan de l’année écoulée et évoque les enjeux à venir pour la filière Volaille de Chair.

La reconquête du marché français est l’une des priorités de la filière, celle-ci est-elle en train de regagner des parts de marché, notamment sur la RHD ?

Nous ne pouvons pas encore dresser le bilan complet de l’année 2018, mais on peut penser que la situation est en train d’évoluer. Le taux d’importation de poulet est toujours très important (plus de 42 %) et ne baisse pas, mais il s’associe à une hausse de la production nationale et à une hausse de la consommation. Nous avons constaté que la hausse de la production n’est pas parvenue à compenser la hausse de la consommation. Nous sommes donc allés chercher un complément européen pour répondre à la demande. De notre point ce n’est qu’une partie de l’explication et il nous faudra dresser un bilan concret avant de pouvoir déterminer si par nos actions, nous avons pu infléchir ou non sur les volumes importés dans le segment de la RHD.

On sait néanmoins que l’on a bien repris quelques parts de marché, notamment grâce aux orientations qui ont été prises, aux efforts de communications sur la Volaille Française associés à la volonté des acheteurs de s’intéresser d’un peu plus près à la provenance des produits.

En GMS, la mise en place de l’étiquetage de l’origine du lait et de la viande des produits transformés a également été bénéfique. Mais pour nous, il faut aller plus loin, avec un étiquetage de l’origine des protéines animales sur l’ensemble des lieux de consommation et de restauration (cantines, restaurants, EHPAD, hôpitaux, etc.), tel que cela existe déjà sur la viande de bœuf. L’interprofession s’est associée à Inaporc pour défendre ce projet auprès des autorités compétentes. Il n’a pas été retenu dans le cadre de la loi alimentation, mais nous continuerons à défendre ce projet d’étiquetage cette année, considérant que cette information est dans l’intérêt du consommateur.

En ce qui concerne les collectivités, observez-vous une augmentation des initiatives politiques pour une consommation de viande d’origine française ?

En effet, nous avons pu constater de nombreuses initiatives politiques locales, qu’elles soient départementales ou régionales, avec une certaine prise en compte de l’enjeu autour de l’origine et de l’utilisation de la Volaille Française. Nous n’avons pas encore de bilan de ces initiatives et de leur impact sur les volumes d’importation. Cela fera l’objet d’analyse au cours de l’année 2019.

L’interprofession Volaille de Chair a vu le jour en avril dernier, quel changement cela va-t-il apporter pour la filière en 2019 ?

L’interprofession Volaille de Chair — ANVOL, créée en avril 2018, a officiellement été reconnue par l’État en tant qu’interprofession nationale en septembre dernier et prend ses marques depuis quelques mois. Grâce à cette reconnaissance, l’ensemble des acteurs travaille aujourd’hui à l’élaboration de différents accords, à la mise en œuvre d’actions communes conforme à l’intérêt général de la filière et à l’amélioration des relations entre ses membres. Cette recherche d’amélioration des relations s’est d’ailleurs concrètement illustrée cet été lors d’actions menées face à l’augmentation des prix de l’aliment. Face au constat inquiétant de la hausse brutale des prix des matières premières, Jean-Michel Schaeffer, le président d’ANVOL a incité tous les acteurs de la filière à prendre en compte rapidement cette nouvelle donnée économique pour permettre une rémunération équitable de tous les maillons de la filière. Ce qu’ils ont fait. Sans l’interprofession, nous n’aurions probablement pas réussi à agir collectivement aussi rapidement.

Actuellement, nous travaillons aussi à l’établissement d’un certain nombre d’indicateurs (en complément de l’indice Itavi et de l’indice des prix sortis abattoirs) pour affiner nos estimations sur les différents facteurs qui impactent l’ensemble des maillons, car même si la part alimentaire représente environ 65 % des coûts de production, d’autres charges fixes et variables viennent les compléter. C’est une réflexion que nous menons collégialement au sein d’une commission économique créée au sein d’ANVOL. Nous regardons notamment la pertinence d’un indicateur « bâtiment » et « énergie » dont les coûts ont grimpé en flèche ces dernières années.

La loi EGALIM adoptée en octobre dernier a-t-elle permis d’insuffler un changement dans les négociations commerciales démarrées en novembre ?

Difficile de dire si les choses vont vraiment bouger, notamment pour la filière volaille qui est une filière contractualisée depuis de nombreuses années. De fait, le principe de la répartition de la valeur était déjà établi et effectif, contrairement à d’autres filières.

Par contre, l’un des objectifs de la loi EGALIM qui vise à encadrer les promotions en volumes nous pose problème. Nous ne sommes pas opposés au principe de limiter quelques clauses de promotion, notamment en valeur (comme le principe d’une volaille achetée une volaille gratuite, désormais limité à 34 %). En revanche, il faut savoir qu’une grande partie de la volaille, à part sur des périodes particulières, est vendue en promotion. Les prix s’équilibrent ensuite sur l’ensemble de l’année pour arriver à un prix moyen.

Limiter ces promotions en volume risquerait par conséquent de mettre en difficulté notre filière. Car si la loi nous interdit de vendre un produit en promotion, c’est potentiellement autant de production en moins qui ne sera pas mise en place dans les élevages. Nous craignons donc que cette loi génère un effet pervers vis-à-vis de la production française et notamment pour les productions Label, qui sont assez régulièrement vendues en promotion. Nous avons essayé de défendre nos arguments pour ne pas inscrire de limite en volume dans la loi, mais le dernier texte qui est sorti ne nous a pas donné raison et nous verrons quelles en seront les conséquences pour la filière avicole dans les mois à venir. Les négociations ayant débuté en novembre et se terminant en février, l’incidence de ces nouvelles règlementations ne sera pas connue avant la fin du 1ertrimestre 2019.

L’année 2018 a été marquée par la hausse des prix des matières premières, que peut-on attendre de 2019 ?

Il est compliqué de faire des projections à long terme. Cela fait quelques années maintenant que le prix de l’aliment est objectivement assez stable. Il n’a pas connu les fluctuations qui existaient il y a un certain temps, lorsque le blé ou le soja étaient soumis au boursicotage. De nombreux facteurs peuvent faire varier le prix de l’aliment, il est de fait difficile à prédire. Par conséquent, plutôt que de pronostiquer une hausse ou une baisse de prix de l’aliment, nous devons avoir des indicateurs fiables, réactifs et objectifs permettant de réagir en fonction de ces fluctuations. Depuis quelques années, nous avons d’ailleurs mis en place avec l’Itavi plusieurs indicateurs de coûts et de prix dans le secteur de la volaille qui permettent aux éleveurs, transformateurs et distributeurs, en cas de fluctuation importante, de prendre en compte les variations excessives des prix de l’alimentation animale dans les négociations commerciales.

Suite aux scandales dans les abattoirs et en réponse à la demande des consommateurs, où en est la filière volaille de chair sur la question du bien-être animal ?

Cela fait un certain nombre d’années que la filière prend fait et cause pour le bien-être animal, notamment via ses guides de bonnes pratiques qui ont pour la plupart maintenant une quinzaine d’années. Ces guides illustrent des démarches d’amélioration continue qui portent sur un ensemble de critères qui couvrent les aspects environnementaux applicables aux exploitations avicoles, les exigences relatives à la protection animale et les mesures pour assurer la sécurité du personnel dans la conduite de l’élevage.

Courant 2018, EVA et EBENE ont été entièrement déployées.

Suite à la décision des abattoirs de ne se fournir qu’auprès d’élevages conformes aux chartes interprofessionnelles, la majorité des élevages de volailles de chair sont aujourd’hui entrés dans une démarche annuelle de certification sous accréditation COFRAC soumis à des contrôles tierces parties. Nous avons dépassé les 3500 audits sur cette fin d’année 2018 et cet engouement se poursuit en 2019. La majorité de ces audits se font via une application dématérialisée — EVA – développée par l’interprofession et mise gracieusement à la disposition des éleveurs et des Organisations de Productions. Plus de 110 critères sont évalués par espèces (dinde, poulet, canard et récemment pintade).

Dans le même temps, l’Itavi a développé et déployé l’outil EBENE, une méthode d’évaluation du bien-être animal coconstruite entre la profession et les ONG, basées sur de multiples indicateurs, recueillies par le biais d’un questionnaire, de l’observation de l’état sanitaire des animaux ou de leur comportement.

Pour le maillon aval, depuis plusieurs années, l’ensemble des abattoirs s’astreint à différents guides et cahiers des charges. Depuis le 1erjanvier 2013, excepté pour les très petits abattoirs, tous les abattoirs de volailles en France ont l’obligation d’avoir un Responsable de la Protection Animale (RPA) présent à chaque étape de la chaine d’abattage et formé pour s’assurer que les procédures relatives au bien-être des animaux sont correctement comprises et mises en œuvre. Il est aussi habilité à intervenir en cas de dysfonctionnement.

La proposition d’installer la vidéo surveillance dans les abattoirs ne seraient donc pas pertinente pour renforcer les contrôles dans les abattoirs de volailles ?

Nous ne sommes effectivement pas favorables à la mise en place de systèmes de vidéosurveillance obligatoire dans les abattoirs. Cette proposition a rencontré une forte opposition de la part des salariés eux-mêmes. Au-delà de mettre en doute leur professionnalisme et leurs compétences, se sentir observé et filmé en continu n’est agréable pour personne.

La présence du Responsable de la Protection Animale (RPA) dans tous les abattoirstraitant plus de 150 000 volailles par an répond pour nous à cette volonté de mieux prendre en compte le bien-être animal.

Il faut également rappeler que les abattoirs exercent leurs activités sous l’étroit contrôle des services vétérinaires avant et après abattage. Ceux-ci conduisent par ailleurs chaque année un audit de chaque établissement qui comprend une partie spécifique sur la protection animale.

En matière de bien-être animal, d’autres avancées sont-elles prévues pour 2019 ?

Nous continuons de chercher des solutions aux problématiques propres à la filière.

Au-delà de l’aspect plein air, il y a par exemple la volonté de travailler à l’enrichissement des élevages, en aménageant l’environnement intérieur des bâtiments, en faisant entrer la lumière naturelle, en aménageant des jardins d’hiver ou en disposant des perchoirs par exemple. L’interprofession n’est pas prescriptrice de l’une ou l’autre de ces orientations. Ce sont plutôt des démarches privées. Chaque entreprise faisant évoluer ses cahiers des charges pour essayer d’adapter l’environnement global de ses bâtiments et améliorer les conditions de vie de l’animal.

Concernant les interventions pour le traitement du bec ou des griffes, plusieurs projets de recherche sont en cours pour trouver des solutions alternatives. Nous espérons les voir aboutir rapidement.

L’interprofession devrait par ailleurs renforcer en 2019 sa démarche sur l’utilisation raisonnée d’antibiotiques en élevage. La filière volaille a déjà fait beaucoup d’effort et aujourd’hui ses résultats sont très positifs. L’engagement de l’ensemble des acteurs a permis d’atteindre une réduction globale des usages d’antibiotiques en médecine vétérinaire de près de 43 % en 6 ans.

En 2018, on a moins entendu parler d’influenza aviaire, après les épidémies de 2017. Est-ce un concours de circonstances favorable ou lié au renforcement des mesures de biosécurité ?

Effectivement, nous avons bénéficié d’une année assez stable, avec une conjoncture favorable notamment du point de vue migratoire. Mais nous avons surtout appris de nos erreurs et aujourd’hui, le système de contrôle, les pratiques et les exigences de biosécurité sont plus ancrés dans l’état d’esprit des éleveurs et des opérateurs. Maintenant, dire que l’on a éradiqué la maladie serait une ineptie. Le risque d’épizootie sera toujours présent. L’objectif n’est pas d’éradiquer la maladie, mais de mieux la maîtriser et de limiter ses effets lors de son apparition. Les mesures et les outils qui ont été mis en place ces deux dernières années permettront – on l’espère – de minimiser les effets d’une éventuelle nouvelle crise et de la circonscrire le plus rapidement possible.

Enfin, plus globalement, quels sont les enjeux pour la filière pour l’année 2019 ?

Notre souhait pour 2019 serait de mieux communiquer sur toutes les actions positives menées par la filière. Jusqu’à présent, nous avons surtout subi les attaques et les critiques. Or, la filière s’engage, mène des actions concrètes et le fait bien. Elle n’a pas attendu ces critiques pour se remettre en cause et s’améliorer, cependant, elle pêche parfois à se mettre en avant.

Face à un agri-bashing véhément, nous nous devons d’adapter notre communication. La filière avicole française a un vrai savoir-faire, reste à le faire savoir.

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