Phytothérapie : comment s’y retrouver dans une offre en plein essor ?

25 septembre 2020 - Filières Avicoles

S’il existe un effet secondaire à la réduction des antibiotiques, c’est peut-être le développement tous azimuts du marché des solutions alternatives, avec des promesses qui ne sont pas toujours au rendez-vous. Le Dr Thierry Mauvisseau, vétérinaire-conseil pour Labovet conseil en Vendée et référent Alterbiotique pour le groupe Cristal, propose quelques clés pour s’y retrouver.

Quel est l’enjeu autour du marché de l’Alterbiotique ?

Aujourd’hui, on utilise de plus en plus de produits à base de plantes (huiles essentielles, extraits de plantes), notamment avec la phytothérapie et l’aromathérapie. Il est important d’avoir des produits de bonne qualité correctement dosés et d’éviter par exemple les dosages ridiculement petits sans aucune activité thérapeutique. Mais avant tout, il faut des solutions sans risques pour le consommateur qui sera amené à consommer les produits d’élevage.

Ce marché en plein essor est-il encore trop peu règlementé ?

Il existe deux façons d’utiliser les plantes  avec une règlementation souvent inconnue des éleveurs.

  • Soit on les utilise dans un but thérapeutique ou préventif, et cela relève donc du médicament. Sauf qu’en production animale, il n’existe quasiment pas de médicaments à base de plantes. Si on utilise des extraits de plantes ou des huiles essentielles pures uniquement avec ces allégations, on sera soumis à des notions de limites maximales de résidus. Or, c’est très difficile à déterminer, et donc quasiment impossible à respecter d’un point de vue règlementaire.  L’utilisation ne peut se faire que sur prescription avec une ordonnance et l’automédication est interdite.
  • Soit on les utilise sous forme d’aliments complémentaires, sans pouvoir alléguer d’indications thérapeutiques. C’est ce qui se fait en production animale. On peut avoir des produits relativement concentrés, qui peuvent avoir des effets thérapeutiques, sans que ces bienfaits puissent officiellement être allégués.

Il semble parfois que l’on voit fleurir toutes sortes de solutions miracles, existe-t-il des indicateurs de qualité ou d’efficacité ?

Dans le cadre de la solution Alterbiotique, développée par le réseau Cristal depuis 2012, nous avons développé des techniques d’analyse, notamment le Phytogramme qui permet de vérifier la réelle activité antibactérienne des mélanges d’huiles essentielles contenues dans les aliments complémentaires, afin d’évaluer leur efficacité et de choisir la bonne solution par rapport au germe isolé sur les animaux.

Ces analyses sont-elles accessibles pour les éleveurs ?

Elles sont disponibles dans les laboratoires adhérents du Réseau Cristal et de Resalab, au même titre qu’un antibiogramme, qu’une PCR ou qu’une sérologie.

Que conseilleriez-vous aux éleveurs pour leur permettre de faire un choix parmi la très large offre de produits en phytothérapie ?

D’abord, je leur conseillerais de faire confiance à des professionnels qui connaissent bien les produits phyto, pour éviter d’utiliser des produits avec des extraits non autorisés que l’on peut néanmoins voir fleurir dans certaines spécialités en vente libre.

Ensuite, je leur conseillerais de se faire encadrer par un vétérinaire, se former pour développer un esprit critique. Aujourd’hui, ce sont des produits que l’on va utiliser pour remplacer des médicaments. La vente de médicament est encadrée par les Autorisation de Mise sur le Marché (AMM), avec des dossiers qui permettent de sécuriser ces produits, et qui relèvent de l’agence du médicament. Quand on utilise des solutions alternatives comme on utiliserait des médicaments, il faut vraiment être sûr de ce que l’on va utiliser.

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