La filière canard à rôtir entame sa relance

6 juillet 2021 - Filières Avicoles

Redémarrage de la production, réouverture des restaurants, réduction des stocks… la filière canard à rôtir se remet progressivement des deux crises sanitaires (Covid et Influenza) qui auront marqué cette année. Les explications de Guy-Marie Brochard, président du Cicar.

Comment la filière canard à rôtir se relève-t-elle de la crise sanitaire et de l’épisode d’Influenza aviaire ?

Le plus contraignant a été la crise sanitaire de la Covid avec la fermeture des restaurants, qui a été très impactante au niveau du débouché, malgré une enveloppe de 3 millions débloquée par le Ministère de l’agriculture pour aider notre filière. La période influenza a été moins prononcée pour le canard à rôtir, même s’il y a encore un travail à faire pour résoudre ce problème d’Influenza qui pourrait être bien plus dramatique s’il devenait zoonotique. La mise à l’abri est une mesure essentielle pour s’en préserver.

Plusieurs élevages de volailles de chair ont été impactés par la mise sous cloche de la région, par des abattages préventifs et par des vides sanitaires prolongés. Les impacts ont été localisés, mais d’autres régions indemnes ont permis de compenser cette absence de production locale, minimisant ainsi l’impact sur la production nationale.

Dans quelle mesure les débouchés ont-ils été impactés ?

L’export représente 25 % de nos débouchés, la GMS 30 % et la RHD, notre principal débouché représente 45 % des volumes. C’est pour cela que la crise Covid a été très impactante et on espère qu’avec la réouverture, nous aurons un regain d’intérêt pour notre production de canard à rôtir.

Que représente le manque à gagner pour la RHD ?

Le prix de nos produits peut être dissuasif pour certains segments comme les restaurants scolaires, même s’il se justifie par sa qualité et le patrimoine gastronomique qu’il représente.

Malgré les initiatives de vente à emporter, les ventes ont été sans commune mesure avec ce que l’on connaît et les restaurants n’ont pas forcément privilégié le canard à rôtir sur les clicks & collect. En effet, crise oblige, il y avait une volonté économique de réduire les coûts.

Quel a été l’impact sur l’export ?

L’export a lui aussi été touché, car nos voisins européens ont tous appliqué plus ou moins les mêmes restrictions que nous. Ainsi sur le premier confinement, les flux ont quasiment été à l’arrêt. Les échanges ont repris progressivement, mais comme pour tout marché, quand il s’arrête, il y a une certaine inertie au redémarrage, d’autant que nos voisins européens ont également été confrontés à un surplus de stock de marchandises. Nous n’avons pas encore retrouvé les niveaux d’avant la crise, mais on espère les retrouver bientôt maintenant que l’Europe se déconfine.

Et la GMS ?

La grande distribution a participé aux efforts collectifs. Nous avons notamment mené deux campagnes de communication et de promotion sur l’année 2020, qui ont aidé à donner une belle image de notre production. Ces campagnes se sont déroulées en été et en automne. Elles ont permis de mettre en avant le canard à rôtir et la pintade, avec un aspect promotionnel et des jeux-concours. Ces campagnes ont eu des effets positifs pour les opérateurs qui y ont participé.

Le Cicar a aussi participé avec d’autres filières à la nouvelle campagne sur les volailles festives pour la période de l’hiver 2020. Cela n’a pas forcément rattrapé le delta, mais ces campagnes ont contribué à rappeler aux consommateurs que ces produits pouvaient être consommés en dehors des fêtes. Les ventes en GMS n’ont pas baissé, mais elles n’ont pas non plus permis de compenser la totalité de la fermeture des deux autres segments (RHD et export).

Par ailleurs, l’effet cumulé des baisses de mise en place et l’augmentation des débouchés en GMS a participé à diminuer les stocks, mais cela n’a pas permis de combler la totalité.

Où en sont les stocks à l’heure où nous parlons (mi-juin) ?

Nous avons dû baisser drastiquement nos mises en place, car nos stocks étaient en forte hausse. l’augmentation des débouchés en GMS et la réouverture progressive de la RHD a participé à les diminuer. Il en reste, mais nous espérons qu’avec la reprise de l’export et la période estivale à venir que nous retrouvons un stock tampon dans les semaines à venir.

Où en est la production 

On espère que l’année 2021 sera supérieure à 2020. A minima, on estime que la production s’élèvera entre 27 et 28 millions de tête. C’est 29 % de moins qu’en 2019 et 33% de moins qu’en 2018. Notre objectif est de franchir les 29 voire 30 millions de tête cette année. Mais il va falloir prendre en compte la problématique de la baisse de production des canetons. En effet, les multiplicateurs ont réduit leurs cheptels parentaux. On espère qu’ils auront retrouvé leur niveau antérieur à la crise d’ici la fin de l’année, mais ce manque de canetons ralentis forcément la reprise.

Les stocks excédentaires vous préservent-ils d’une pénurie sur le marché malgré une reprise ralentie ?

Comparativement à 2018 ou 2019, nous avons encore un peu de stock pour la période, mais en 2018-2019, on avait 30 à 40 % de production en plus, avec 40 millions de têtes. Là, on est à 28 millions de têtes, donc si la demande devait retrouver son niveau d’avant, même nos stocks excédentaires ne suffiraient pas. Nous allons suivre l’évolution de la demande, avec une certaine inertie, sans atteindre la pénurie.

Avez-vous prévu une campagne de communication prochainement ?

Il y aura une campagne de communication pour la volaille de chair, toutes espèces confondues, dont le Cicar est partie prenante. Nous aurons également une campagne de communication de 600 000€ sur trois, dédiée au marché allemand. co-financée à 70% par la Commission européenne. Les premières actions débuteront à l’automne.

Pourquoi avoir ciblé l’Allemagne ?

C’est notre principal client à l’export. Il y a quelques années encore, nous étions les seuls fournisseurs, mais la concurrence s’est durcie avec l’arrivée de nouveaux candidats comme la Pologne et la Hongrie qui proposent du canard Pékin. On essaie donc de maintenir notre marché, en mettant en avant la particularité, la qualité et le patrimoine gastronomique de notre produit, le canard à rôtir.

Sur le marché international, cet argument qualitatif du canard de Barbarie est-il identifié et entendu ?

Sur le marché allemand oui. Mais le consommateur regarde aussi le prix. Le canard Pékin est moins cher, mais n’a pas la même valeur gustative. C’est pour cela que notre production mérite d’être inscrite au niveau du patrimoine culturel et gastronomique, pour souligner toute sa différenciation par rapport à un produit lambda. Cela fera l’objet de nos réflexions dans les mois et les années à venir. Il nous faudra des accompagnements, notamment politiques.

La production européenne est-elle toujours excédentaire ?

L’influenza aviaire et la crise Covid ont impacté tous les pays européens, qui ont tous été à un moment donné confronté à un excédent de production Les productions de canard à rôtir chez nos voisins européens ont été plus impactées que nous par l’Influenza ce qui a fortemetn ralenti leur production. Associé à la fermeture de leur RHD, leurs stocksse sont comme les nôtres amplifiés. Avec la fin de la période de crise influenza et le déconfinement européen, la question est surtout de savoir comment chacun va repartir.

Pendant la crise, vous aviez réduit une partie du parc élevage et encouragé une partie des éleveurs à développer la polyvalence, qu’en est-il aujourd’hui ?

Concernant le parc de production, nous avons eu une réflexion autour des structures de production vieillissante, qui ont été accompagnées soit vers un arrêt, soit vers une rénovation pour être plus polyvalente. La durée des vides sanitaires était telle que certains éleveurs en fin de carrière ont un peu précipité l’arrêt de leur production.

Aujourd’hui, la question de la polyvalence se pose à chaque nouveau projet de construction. Elle a son intérêt, mais il faut aussi prendre en compte les coûts de construction plus importants pour les projets polyvalents, surtout avec la hausse des matières premières que l’on connaît actuellement.

Nous savons cependant que les bâtiments vieillissent et qu’il nous faudra des structures adaptées pour la production de demain, que ce soit du bâtiment neuf ou de la rénovation. Toutes les organisations sont dans ces réflexions.

L’année 2021 est sans doute l’année « étal » au niveau de la production et nous devons nous projeter sur les années futures. Nos productions doivent regagner de l’attractivité. Je ne dis pas que l’on reviendra à la production de 2018, mais nous devons avoir des structures adaptées et adaptables.

Quelle est votre position sur la question de la mise à l’abri qui a fait débat suite à la période d’Influenza ?

Je rappelle que le risque zoonotique avec un virus mutant de l’influenza est très important. Pour s’en préserver, les volailles doivent pouvoir être mises à l’abri pendant les périodes à risque. Cette mise à l’abri ne doit pas être systématique, mais elle doit être possible lorsque le risque est avéré. La mesure dérogatoire à cette mise à l’abri pour des exploitations de moins de 3200 animaux pose question. Ce type de dérogation doit être plus encadré.

Nous sommes aussi vigilants à ce qu’il n’y ait pas d’amalgames sur la notion de palmipèdes. Les modèles de production sont différents entre un canard à rôtir et un canard gras. 95 % de nos animaux sont élevés en bâtiments fermés. Les choses doivent donc être prises de manière différenciées.

Anticipez-vous certains changements dans les modes de production avec les nouvelles demandes en matière de bien-être ?

Les bâtiments neufs ou rénovés sont en lumière naturelle. Pour l’avoir fait il y a un an chez moi, je constate en effet que le comportement des animaux est différent et c’est une très bonne surprise. Comme quoi ces normes ne sont pas uniquement des contraintes, mais aussi bénéfiques. Il faut juste espérer que le consommateur prenne conscience que ces évolutions positives (quel que soit les espèces) ont un impact prix non négligeable et qu’il acceptera de le soutenir. A défaut, cela laissera une porte béante à l’importation de produits de volaille qui ne respecteront pas ces exigences.

Quels sont les objectifs ou les enjeux pour les mois à venir ?

À très court terme, on essaie de stabiliser la baisse et de tenir cet engagement d’atteindre le niveau de production de 2020 voire de le dépasser. J’espère que cet objectif sera atteint avec la reprise du marché. À plus long terme, on espère augmenter la production, même si nous sommes conscients que nous ne reviendrons pas à des niveaux de 2018 dans un claquement de doigts. Néanmoins, notre objectif est de renforcer la production, en maintenant notre parc de bâtiments, nos outils de production et en renforçant différents marchés. Notre production mérite d’être inscrite au niveau du patrimoine culturel et gastronomique, pour souligner toute sa différenciation par rapport à un produit lambda. On est sur une volaille qui est la seule qualifiée de viande rouge, elle mérite d’être connotée et valorisée spécifiquement.

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