Diagnostics d’élevage : les circuits d’air à la loupe

21 mai 2019

Créée en 2017 par la société, Tell Elevage effectue des diagnostics dans les bâtiments d’élevage de porcs et de volailles. Au fil des expériences, les audits se sont étoffés et comptent aujourd’hui plus de 1000 points de contrôle. Jean-Luc Martin, son fondateur, en détaille le fonctionnement, les principaux points de contrôle et les mesures d’amélioration les plus fréquentes.

Comment se déroule un diagnostic standard ?

Le diagnostic pour un bâtiment d’élevage de volailles prend une journée et comprend à peu près 1000 mesures. En amont, nous enregistrons les coordonnées du bâtiment et son orientation (pour savoir d’où viennent les vents) sur une tablette qui permet d’intervenir sans être tributaire d’une connexion internet sur place. Ensuite, nous passons en revue environ 1000 points de contrôle. Chaque point de contrôle est mesuré et complété par une photo et un commentaire, ce qui permet de mettre en évidence certaines problématiques de manière factuelle.

L’objectif étant d’identifier les points d’amélioration avec, à chaque fois, un niveau de criticité, afin de pouvoir répondre à tous les problèmes techniques d’un élevage. Nos diagnostics sont basés sur les données issues de la recherche sur les trente dernières années (Itavi, Anses, etc.) et sur les différentes expériences terrain afin d’être le plus neutre possible.

On vérifie absolument tout, même des points qui a priori peuvent être évidents. Par exemple, vérifier que le tuyau du dépressiomètre est propre, nous a permis de constater la présence d’un nid d’oiseau à l’extérieur, avec à l’intérieur, une grille complètement bouchée.

Sur la partie ventilation, nous contrôlons les circuits d’air de l’entrée à la sortie, incluant les jupes, les capots, la protection au vent, les capteurs, le mode de fonctionnement de la ventilation minimum, la courbe de ventilation (minimum – maximum), etc.

Une fois terminé, le rapport se fait automatiquement et reprend tous les points d’amélioration. Le plan d’action est ensuite disponible sur une plateforme numérique, à partir duquel l’éleveur et/ou parle technicien d’élevage vont attribuer les points d’amélioration aux différents intervenants. Chaque intervenant pourra ensuite consulter le rapport et renseigner les points le concernant. Chacun peut également extraire les éléments qui le concernent pour ensuite imprimer son plan de route.

Certaines OP ne disposent pas de technicien bâtiment et nous ont demandé de piloter le plan d’action. Comme nous avions créé la société Give il y a un an, une société dédiée à la formation technique et au conseil pour les auditeurs, nous avons aussi la possibilité de prendre le relais derrière les auditeurs pour suivre la mise en œuvre du plan d’action. Le but étant que le diagnostic débouche sur des actions concrètes.

Nous intervenons de manière indépendante, sans chercher à vendre tel ou tel matériel. Car la difficulté dans la profession est que de nombreux intervenants en élevage ont un intérêt particulier, donc tout n’est pas forcément dit.

À quel moment conseillez-vous de faire un diagnostic ?

Nous proposons des diagnostics virtuels pour les projets de construction, réalisés à partir des documents techniques et les plans du bâtiment. Seulement, les différents intervenants fournissent rarement tous les plans, en dehors du plan du bâtiment, et éventuellement celui de la disposition des équipements comme la chaine d’alimentation ou les ventilateurs, mais rarement les plans des réseaux d’eau et d’électricité. Dès lors que l’on obtient tous ces éléments, on peut diagnostiquer le projet.

Ensuite, encore faut-il que les intervenants respectent les plans. Donc nous proposons également de diagnostiquer les bâtiments neufs avant réception.

Mais nous avons tous les cas de figure, certains nous appellent suite à de mauvais résultats, d’autres parce qu’ils ont des projets de rénovation, ou besoin d’une évaluation de travaux avant un rachat de bâtiment, etc.

On joue un peu le rôle de poil à gratter, car on regarde tout dans les détails. J’ai par exemple audité un poulailler neuf, pour lequel on a identifié 92 points d’amélioration ! Et plus on fait de diagnostics, plus on identifie des points de mesure !

Car tout est lié : l’aspect sanitaire, le bien-être des animaux, le confort de l’éleveur, la productivité, etc. Il y a vingt ans, les techniciens prenaient le temps de faire de la technique, mais aujourd’hui, ils ont trop de bâtiments à suivre, donc très peu le font.

C’est pourquoi je pense qu’un diagnostic devrait être obligatoire chez tous les éleveurs, au moins pour établir un point de départ, le jour du démarrage du bâtiment, puis tous les ans ou tous les deux ans. Car les bâtiments dérivent. Puis nos diagnostics évoluent et s’enrichissent de nos constats quotidiens sur le terrain. On est d’ailleurs passé de 400 à 1000 points de contrôle en huit mois.

Combien de diagnostics réalisez-vous chaque année ?

Nous avons commencé à commercialiser les audits en septembre 2018. Depuis le début de l’année, nous réalisons entre cinq et dix audits par semaine. J’ai quatre franchisés aujourd’hui : Finistère nord, Finistère sud, centre Bretagne et un qui vient de démarrer à Vannes. Nous travaillons aussi beaucoup en porc.

Et quels sont les types d’élevage les plus diagnostiqués ?

Nous intervenons sur tous les types d’élevage : repro, poulet, dinde, pondeuses, canard à gaver, mais les plus fréquents sont les élevages de chair et repro.

Quels sont les principaux points de dysfonctionnement ?

De nombreux élevages constatent des problèmes de litières, avec pododermatites et toutes les conséquences qui vont avec. Et presque systématiquement, ces problèmes sont dus à des dysfonctionnements de ventilation :

— des entrées d’air perturbées, car mal conçues, ce qui crée des turbulences. L’éleveur aura alors du mal à stabiliser les vitesses d’entrées

— des problèmes d’étanchéité des ventilateurs avec des volets antiretours qui dysfonctionnent

– des entrées d’air mal positionnées, avec de trop gros écarts entre les différentes entrées d’air, notamment à cause des décalages de trappes, qui pour certains ont plusieurs moteurs. En ventilation minimum, ces décalages de trappes peuvent créer des zones de quatre à cinq mètres de long sans entrées d’air, et on constate systématiquement une litière dégradée dans ces zones.

— des points extractions de ventilation minimum trop écartés, créant des zones sans échange thermique, avec donc dégradation de la litière

— des circuits d’air trop épais, conçus pour envoyer l’air loin. L’air froid retombe sur les litières, car les circuits d’air sont perturbés ou mal réglés, créant une condensation de la litière. Ensuite, c’est généralement le début d’un cercle vicieux : la dégradation de la litière produit de l’ammoniac, donc l’éleveur a tendance à ventiler plus, générant une veine d’air encore plus épaisse donc une vitesse d’air sur les animaux, également plus importante, ceux-ci se refroidissent, donc l’éleveur va augmenter la température ambiante, ce qui génère encore plus d’ammoniac, etc.

— des problèmes d’étanchéité qui concerne à peu près tous les bâtiments en béton ayant des trous pour l’évacuation des eaux de lavage, par lesquels entre l’air qui vient directement de la fosse.

Nous constatons aussi de nombreux problèmes sur les pipettes. Certaines pipettes ont un débit trop fort, donc les animaux éclaboussent partout. Pour y remédier, l’éleveur réduit le débit des pipettes de 150-160 ml à 80-90 ml, mais le nombre de pipettes s’avère alors insuffisant ! C’est pareil pour les assiettes ! Au moment de l’installation, on réduit les coûts sur tout, ce qui laisse ensuite peu de marge à l’erreur.

Notre principe est de tout passer en revue sans juger les marques ou le type de constructeur, mais simplement en essayant de trouver des solutions d’amélioration à partir de l’existant.

Quelles sont les améliorations les plus fréquentes ?

La gestion des entrées d’air, les capteurs et sondes mal placés... Ce sont des détails qui polluent parfois complètement le réglage du bâtiment. Mais pour 50 % des points, l’amélioration ne coûte pas grand-chose, si ce n’est un peu d’huile de coude, du temps, de l’explication et du bon sens.

Par exemple, pour les problèmes d’étanchéité d’évacuation des eaux de lavage, il suffit de mettre une bâche en plastique sur la bouche en attendant une solution pérenne. D’autres problèmes sont plus compliqués à régler, comme celui des volets antiretour. Les diagnostics que l’on mène vont aussi permettre de mettre le doigt sur ce que les fabricants devront trouver comme solution demain.

Êtes-vous sollicité par les OP ?

Oui, certains participent même financièrement. C’est un peu nouveau. Jusqu’à la fin de l’année dernière, nous étions surtout perçus comme des éléments perturbateurs, puis progressivement, nous avons été sollicités par de plus en plus d’OP. Les producteurs se rendent compte que nous pouvons les aider à améliorer leur élevage, et que tout le monde y gagne.

Sur quels domaines les diagnostics ont-ils particulièrement évolué ?

L’évolution des diagnostics est liée en grande partie aux évolutions des technologies et des solutions proposées par les constructeurs. Mais aussi aux évolutions de la génétique. Avec le 308 par exemple, il est indispensable d’avoir des pipettes à moins de 2 mètres, des litières et des ambiances de très bonne qualité, une bonne ventilation, etc.

On vient également de rajouter à tous les points d’amélioration, un lien avec les cinq points du Farm AnimalWelfare Council.

Vous recrutez des diagnostiqueurs ?

Oui, nous cherchons des diagnostiqueurs encore pour trois régions : les Pays de la Loire, l’Ille-et-Vilaine et alentours, et le Sud-Ouest.

Quel profil faut-il avoir ?

Nous recherchons des candidats qui connaissent le monde de l’élevage, et surtout des gens rigoureux. Les nouveaux diagnostiqueurs montent leur SAS personnelle et tout le reste (tablette, fourgon, logiciel, outils de mesure, etc.) est fourni en location. Il n’y a donc pas d’investissement. Nous leur proposons quinze jours de formations, puis nous les accompagnons sur les premiers auditsdiagnostics. Et tous les lundis matins, nous échangeons sur ce qu’ils ont vu au cours de la semaine précédente. Les quatre salariés sont aussi là pour épauler les franchisés.

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