La sonnette d’alarme tirée pour les éleveurs en code 3 et 0

6 décembre 2021 - Emeline Vienot

« Le système peut craquer en début d’année 2022 », a alerté Denis Paturel, ancien éleveur de poules pondeuses biologiques à la retraite qui a aujourd’hui passé la main à son fils.  « On n’a jamais connu une situation où l’on coche autant de cases rouges sur le plan technique et économique », poursuit-il. Si la loi Egalim 2 est censée améliorer les conditions de négociation avec la grande distribution, en Bio, cela n’avance pas en l’absence d’indicateur reconnu pour le moment, « les distributeurs vont essayer de gagner du temps », prévient-il.

Sur le plan technique, le passage à une alimentation 100 % biologique au 1er janvier 2022 sans délai supplémentaire pour écouler les stocks d’aliment 95 % Bio encore présents dans les silos, va pénaliser encore davantage les éleveurs déjà malmenés par la conjoncture. Par ailleurs, le passage à l’aliment 100 % bio risque d’entraîner des carences en acides aminés, et sur les lots de poulettes démarrées en décembre, une augmentation de l’indice de consommation (4 à 5 g à l’œuf), ainsi que des problèmes de fientes humides.  De plus, « à partir de 2025, les jardins d’hiver ne seront plus comptés en surface utile », déplore-t-il. Pour Denis Paturel, la nouvelle réglementation Bio « ne va pas dans le bon sens, notamment en matière de biodiversité ».

Le coût de production de l’œuf bio va encore augmenter, alors que l’œuf bio est actuellement bradé dans les rayons des GMS à 21-22 centimes d’euro… « On a du mal à trouver un rayon de soleil, c’est une grosse inquiétude pour les éleveurs », alerte-t-il. La crise de surproduction actuelle contraint à écouler une partie des volumes d’œufs produits en bio en plein air, « un camion d’œufs qui passe du bio en plein air, c’est une perte allant de 30 à 40 000 euros », indique Frédéric Chartier, président de la commission Economie de la section œufs de l’UGPVB.

Une situation difficilement tenable… Malheureusement, les producteurs d’œufs bio ne sont pas les seuls à souffrir, certains éleveurs initialement en code 3, se trouvent aujourd’hui dans l’impasse faute d’avoir pu transmettre ou faire évoluer leurs bâtiments vers des systèmes d’élevage alternatifs. « Il y a urgence ! Nous n’avons ni le poids, ni la gouaille, ni les moyens des pêcheurs mais la cause et le besoin sont analogues pour certains de nos producteurs d’œufs qui ne demandent qu’à se retirer dignement du métier sans y perdre leurs biens personnels. C’est un objectif partagé que nous avons le devoir d’atteindre par tous les moyens disponibles à notre disposition », a défendu Eric Guellaff, président de la section œufs de l’UGPVB le 1er décembre en assemblée générale. 

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