Des antibiotiques moins vendus, mais plus puissants

18 novembre 2019 - Filières Avicoles

Avec 471 tonnes d’antibiotiques vendus, l’année 2018 enregistre la plus faible vente d’antibiotiques depuis le début du suivi en 1999. Si les ventes continuent de diminuer, l’exposition globale des animaux a augmenté pour la première fois entre 2017 et 2018. La raison : des médicaments distribués certes en quantité plus faible, mais aux molécules plus actives.

En 2018, le volume total des ventes s’élève à 471 tonnes d’antibiotiques et s’inscrit en baisse de 5,5 % par rapport à l’année 2017 (499 tonnes).

Des antibiotiques plus actifs

Cependant, si les ventes d’antibiotiques par voie orale diminuent, l’utilisation des injectables augmente. Or, ces antibiotiques récents sont généralement plus actifs et nécessitent l’administration d’une quantité plus faible de matière active.

Par conséquent, la diminution des ventes en tonnage ne se traduit pas pour autant par une baisse de l’exposition des animaux aux antibiotiques. L’Anses a d’ailleurs mis au point un nouvel indicateur (ALEA), permettant d’évaluer cette exposition et pondérer les conclusions de la baisse des volumes des ventes.

Ainsi, après une forte baisse observée depuis 2011 (-38,4 %), l’exposition globale des animaux a augmenté de 0,7 % entre 2017 et 2018. Une augmentation principalement due à la filière bovine (+8,4 %) alors que la volaille enregistre une basse de 11,3 %.

Hausse des Fluoroquinolones et Céphalosporines en bovin

La hausse concerne notamment les Céphalosporines de 3e et 4e générations et les Fluoroquinolones, considérées comme particulièrement importantes en médecine humaine car elles constituent l'alternative ou une des seules alternatives pour le traitement de certaines maladies infectieuses chez l'homme.

Leur utilisation a diminué jusqu’en 2017, grâce notamment à un arrêté interministériel publié en 2016 visant à encadrer la prescription et la délivrance des médicaments utilisés en médecine vétérinaire contenant des antibiotiques d’importance critique.

En revanche, en 2018, le nombre de traitements intramammaires par vache laitière à base de Céphalosporines de dernières générations a augmenté de 2,3% entre 2017 et 2018. Et l’exposition aux Fluoroquinolones qui avait diminué de 87,8 % entre 2013 et 2017, a enregistré une nouvelle hausse en 2018 (14,2 %) pour les bovins, porcs, carnivores domestiques et chevaux, alors qu’elle a diminué pour les volailles.

De bons résultats pour la colistine

L ‘exposition à la colistine est également suivie depuis que des phénomènes de résistances ont été observés en 2015.

En 2018, l’exposition à la colistine a diminué de 55,2 % par rapport à l’exposition moyenne calculée pour les années 2014 et 2015. L’objectif fixé par le plan Ecoantibio 2017-2021 visant une réduction de l’exposition de 50 % est atteint pour la filière porcine et est en voie d’être atteint pour les filières bovine et avicole.

Le plan Ecoantibio 2017-2021 vise à inscrire dans la durée la baisse de l'exposition des animaux aux antibiotiques. Il prévoit des actions de communication et de formation, l'accès à des alternatives aux antibiotiques et l'amélioration de la prévention des maladies animales. Un objectif spécifique pour la colistine vise une réduction de 50 % de l'exposition à cet antibiotique en 5 ans en filière bovine, porcine et avicole.

Zoom sur la volaille

Evolution des ventes et de l’exposition aux antibiotiques par famille

Le tonnage à destination des volailles a beaucoup diminué depuis 1999. En 2018, il est d’environ 86 tonnes, soit 8,8 % plus faible que le tonnage en 2017 et 57,3 % plus faible qu’en 2011.

Depuis 1999, le niveau d’exposition des volailles aux antibiotiques a diminué de 30,7 %. D’après les ALEA par famille en 2018, les volailles sont traitées majoritairement avec des Polypeptides, des Tétracyclines et des Pénicillines, puis avec des Sulfamides et Triméthoprime.

Entre 2011 et 2018, l’exposition des volailles a diminué de 54,8 %. Cette évolution est en grande partie imputable à une diminution de l’exposition aux Polypeptides (-57,9 %), Tétracyclines (-62,8 %), et Pénicillines (-42,6 %), mais aussi aux Fluoroquinolones (-71,5 %) et Lincosamides (-88,1 %). Pour rappel, l’usage des Céphalosporines n’est pas autorisé chez la volaille.

L’ALEA est de 0,454 en 2018, soit une variation de -11,3 % en un an. Entre 2017 et 2018, l’exposition aux antibiotiques a diminué pour toutes les familles d’antibiotiques, mais principalement pour les Polypeptides.

Les bactéries

La quasi-totalité des antibiogrammes (96 %) est réalisée pour des bactéries isolées chez des poules et poulets (63 %), des dindes (16 %), des canards (15 %) et des pintades (2 %). Les E. coli isolés de l’ensemble de ces quatre productions animales représentent 76 % de la totalité des antibiogrammes issus de volailles enregistrés par le Résapath en 2018. Chez les poules et poulets, les dindes, les canards et les pintades, les parts relatives des antibiogrammes pour E. coli sont respectivement de 85 %, 69 %, 66 % et 82 %.

Toutes volailles confondues, les autres bactéries sont notamment représentées par S. aureus (3,8 %) et Enterococcus cecorum (3,1 %) provenant majoritairement des poules et poulets, Ornithobacterium rhinotracheale (3,2 %) isolé principalement chez les dindes et Riemerella anatipestifer (2,0 %) essentiellement chez les canards.

Toutes volailles et bactéries confondues, près de 90 % des antibiogrammes sont réalisés pour des bactéries isolées au cours d'une septicémie (77 %), d'une arthrite (8 %) ou d'une pathologie respiratoire (6 %).

Antibiorésistance

Escherichia coli

Chez les dindes, les pintades, les canards et les poules et poulets, entre 57 % et 71 % des E. coli sont sensibles à l'amoxicilline. Pour ces quatre espèces animales, la non-sensibilité (bactérie résistante ou intermédiaire) au ceftiofur est retrouvée chez 1 % des E. coli. Par ailleurs, dans ces productions :

- les E. coli restent majoritairement sensibles aux aminosides comme la gentamicine (molécule la plus testée), pour laquelle les proportions de sensibilité sont supérieures ou égales à 97 % ;

- les proportions de E. coli sensibles à la tétracycline varient de 62 % chez les poules et poulets à 58 % chez les dindes. Ces proportions sont plus faibles chez les canards (48 %) et les pintades (39 %) ;

- près de 80 % des antibiogrammes montrent une sensibilité à l'association triméthoprime-sulfamides chez les poules et poulets ainsi que chez les dindes. Ces proportions sont inférieures chez les pintades (71 %) et les canards (63 %) ;

- les proportions de E. coli sensibles à l'enrofloxacine (fluoroquinolone la plus testée) sont similaires entre ces quatre espèces animales : 95 % à 98 %.

Chez les poules et poulets, les proportions de E. coli sensibles sont également présentées en séparant les poules pondeuses (œufs de consommation et à couver) des poulets de chairs.

Staphylococcus aureus (poules et poulets)

La très grande majorité des S. aureus provenant de poules et poulets est sensible aux antibiotiques les plus fréquemment testés, de 86 % pour la doxycycline à 99 % pour la gentamicine, la néomycine, l’association triméthoprime-sulfamides et l’enrofloxacine. Parmi les 287 S. aureus testés vis-à-vis de la céfoxitine, indicatrice de la résistance à la méticilline (SARM), 9 % ont été retrouvés intermédiaires ou résistants.

Cinq souches ont pu faire l’objet d'analyses complémentaires à l'Anses qui ont montré que quatre d’entre elles étaient effectivement non sensibles à la céfoxitine et possédaient le gène mecA.

Enterococcus cecorum (poules et poulets)

La quasi-totalité des E. cecorum est sensible à l'amoxicilline (97 %) et à la gentamicine (haute charge, 98 %). L’association triméthoprime-sulfamides et la famille des macrolides-lincosamides sont en revanche moins fréquemment actives avec 45 % à 68 % d'isolats sensibles. Seulement 7 % des E. cecorum sont sensibles à la tétracycline.

E. coli - tendances entre 2006 et 2017 :

Autres antibiotiques

Poules et poulets (Gallus gallus)

En filière poules et poulets, la baisse amorcée en 2017 se poursuit en 2018 : les proportions de résistance baissent pour tous les antibiotiques étudiés sauf pour l'association amoxicilline – acide clavulanique ; la plus forte baisse concerne la spectinomycine (ou streptomycine) pour laquelle la proportion de résistance diminue de presque 5 % entre 2017 et 2018. Les résistances à la gentamicine, à la tétracycline et à l'amoxicilline atteignent leurs niveaux de résistance les plus bas depuis 2006.

En considérant la tendance de la résistance depuis 2006, la diminution est significative pour tous les antibiotiques étudiés sauf pour les quinolones (tendance stable) et la gentamicine (en diminution nette depuis 2015 uniquement).

Dindes

En filière dindes en 2018, les résistances à l’association triméthoprime – sulfamide et à l'amoxicilline continuent leur diminution amorcée en 2017 et la résistance à la gentamicine se stabilise. Après une augmentation en 2017, la proportion de résistance à la spectinomycine (ou streptomycine) diminue fortement en 2018 pour atteindre son niveau le plus bas depuis 2006. En revanche, les résistances aux quinolones, à la tétracycline et à l'association amoxicilline – acide clavulanique augmentent légèrement en 2018 par rapport à 2017.

En considérant la tendance de la résistance depuis 2006, tous les antibiotiques signent une diminution significative sauf la gentamicine (stable).

En conclusion, sur ces dix dernières années, la diminution de la résistance à la tétracycline dans les filières avicoles et dans une moindre mesure dans la filière porcine, est sans doute le phénomène le plus marquant. En filière bovine, où les taux de résistance à l’amoxicilline, à la tétracycline et aux aminosides (hors gentamicine) sont très élevés, il n’y a que très peu d’évolutions depuis dix ans.

En 2018, on remarque que dans toutes les filières, la proportion de E. coli non sensibles (souches intermédiaires et résistantes) à l'amoxicilline a diminué par rapport à 2017 alors que celle vis-à-vis de l'association amoxicilline – acide clavulanique a augmenté. Ces tendances seront à confirmer l’an prochain.

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