Réussir en aviculture malgré le handicap

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A Plénée Jugon dans les Côtes d’Armor, il est une exploitation de poules pondeuses un peu particulière : La Ferme de la Villeneuve, une entreprise adaptée dont la production d’œufs bio est gérée par deux personnes handicapées déficientes visuelles. Une organisation extrêmement rigoureuse couplée à une valorisation du travail et de la personne font la réussite de cette structure.

ferme-villeneuve-eric-darricau« La Ferme de la Villeneuve est une exploitation comme une autre, à la différence qu’elle emploie exclusivement des personnes en situation de handicap, soient 9 personnes à temps plein, plus une autre à temps partiel. » C’est en ces termes qu’Eric Darricau, le coordinateur de l’entreprise adaptée de la ferme de la Villeneuve nous a présenté sa structure. C’était le 2 décembre, trois ans jour pour jour après le lancement de ses activités en production biologique, de maraîchage et d’œufs de consommation.
« Nous sommes une entreprise adaptée. C’est-à-dire que nous sommes sous contrat avec l’état et donc tenus légalement d’employer au minimum 80% de nos effectifs en situation de handicap », explique-t-il, en précisant que l’État verse en contre partie à l’entreprise une « aide au poste » (subventions relative à l’embauche d’un travailleur handicapé en EA).

« Ces personnes pourraient tout aussi bien faire le même travail dans une autre entreprise. Mais le fait est que le taux de chômage des personnes en situation de handicap est supérieur à la moyenne. A la Ferme Villeneuve, nous sommes orientés vers le handicap sensoriel. »

L’impératif échange,
clé de la réussite ?
ferme-villeneuve-batimentSur l’exploitation, deux personnes déficientes visuelles travaillent à mi-temps. La première travaille ici à la suite d’un reclassement professionnel du fait de l’évolution de son handicap. « Aujourd’hui Henri a retrouvé de l’autonomie au travail : socialement, c’est très important », affirme Eric Darricau. Quant à la seconde personne, Christophe, elle est présente au sein de l’établissement depuis de nombreuses années. « L’important est de se sentir comme un salarié à part entière, qui plus est animé par l’envie de faire et de bien faire ». Toutefois, une organisation extrêmement rigoureuse du travail s’impose. « Mais tout fonctionne parfaitement bien ! Chaque chose est rangée à sa place, chacun d’entre eux a sa façon de travailler et son organisation, et tout se passe très bien. En tant que coordinateur et éducateur technique spécialisé, c’est moi qui assure la veille visuelle. Ils font tout le reste et savent travailler en toute autonomie. Par exemple, les étiquettes sont collées manuellement par l’un des deux salariés. En fait, tout repose sur un haut degré de communication. Nous échangeons beaucoup, c’est impératif, et sûrement l’une des principales clés de notre réussite. Un principe qui vaut d’ailleurs pour toute entreprise à mon sens. Le fait que je connais très bien le handicap de déficience visuelle, c’est devenu naturel pour moi. Toutes les transmissions de commandes se font oralement, l’envoi d’éventuels sms s’effectue par transmission vocale. Tout est question d’organisation et de mise en place de procédures adaptées en amont. Mais après nous fonctionnons comme toute autre exploitation. »

Et de poursuivre : « A la Ferme de la Villeneuve, où le handicap est un lieu commun, la place de ‘l’humain’ est telle que chaque salarié se sent non seulement utile, mais aussi et surtout valorisé pour son travail accompli, ses qualités et ses compétences. Ces valeurs sont d’autant plus importantes qu’elles encouragent à aller de l’avant. Cette façon de travailler dans la mixité et la valorisation de l’autre apporte à chacun une force qui bien souvent permet à la personne en situation de handicap de dépasser son handicap. »

580 000 œufs/an
Logées dans un bâtiment de 500 m² de surface de production, 2 000 poules pondeuses produisent en moyenne sur l’exploitation 1 760 œufs/jour, soit environ 580 000 œufs/an avec un taux de ponte moyen à l’année de 88%.
ferme-villeneuve1La production est vendue en circuit court, auprès des magasins bio dont l’ensemble du réseau Biocoop, mais aussi dans de petites GMS, dans les Côtes d’Armor et l’Ille et Vilaine.
L’exploitation avicole a signé un partenariat technique avec Agrobio Europe. La coopérative fournit non seulement l’aliment tout en livrant un accompagnement technique indispen- sable, mais elle rachète également tout le surplus des œufs non calibrés.
« Nous travaillons également avec les collectivités locales et souhaitons développer encore davantage cette activité. Le fait est qu’il existe une volonté politique d’orienter localement l’approvisionnement de ces structures : nous pouvons contribuer à cela. Les collectivités avec qui nous travaillons déjà y trouvent leur compte, notamment du fait de l’extrême fraîcheur de nos œufs. »

Des professionnels à part entière
Il ajoute : « En tant qu’entreprise adaptée, nous avons la mission de fournir du travail aux personnes ayant une reconnaissance de travailleur handicapé que nous employons, et de valoriser le travail qu’ils font. Nous sommes fiers de notre structure et de ce que nous sommes. Nous avons d’ailleurs donné à nos partenaires des petits panonceaux expliquant ce qu’est une entreprise adaptée. »

« Mais ce que je veux avant tout, c’est que l’on achète nos œufs parce que nous sommes des professionnels. »

L’une des principales volontés à la Ferme de la Villeneuve est de travailler en toute transparence avec les clients. « Nos œufs sont ramassés à la main, mirés, calibrés, datés du jour de ponte et livrés dans la même semaine. De quoi garantir une fraîcheur extrême à notre production. C’est notre force, ce qui nous différencie de la vente en circuit long qui ne peut pas promettre cette même fraîcheur. »

Et de préciser que « nous n’avons pas encore atteint notre maximum de production. C’est en cela que nous cherchons à progresser et étoffer notre clientèle. »

Plus d’infos sur http://www.ferme-lavilleneuve.fr/