Palmipèdes à Foie gras : Le CIFOG dévoile son plan de Filière

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Après deux années marquées par une succession de crises sanitaires, le CIFOG a bénéficié d’un délai pour rendre son plan de filière. C’est désormais chose faite. L’interprofession entend bien remobiliser ses troupes et défendre ses produits qui, malgré les difficultés, conservent la confiance des consommateurs français.

La directrice du CIFOG Marie-Pierre Pé dévoile la stratégie de la filière pour les cinq prochaines années.

Que retenez-vous de cette année 2017 ?

La saison 2017 est une année de transition après deux années de crises consécutives. En effet, en décembre 2016, débutait une deuxième année de crise sanitaire majeure pour la filière du Foie Gras. Après le virus H5N1 de 2015-2016, les professionnels devaient affronter le virus H5N8 en 2016-2017. Après plusieurs mois de lutte, la production des ateliers n’a pu reprendre qu’en septembre 2017 dans les départements impactés.

Tous les maillons de la filière Foie Gras ont subi les conséquences de la crise : les couvoirs, les producteurs, les entreprises de transformation, mais également les entreprises de transport, de prestations de services, de fabrication d’aliments… Les mesures drastiques prises pour éradiquer le virus H5N8 ont entraîné un manque de production (abattage et non mises en place)  d’environ 12 millions de canards. En 2017, ce sont donc 23 millions de canards qui ont été produits, contre 29 millions en 2016 suite au virus H5N1 et environ 37 millions en 2015.

Les flux en 2017 ont donc été encore plus tendus qu’en 2016, année déjà complexe à gérer suite à l’éradication du virus H5N1. Une tension qui va se poursuivre dans les années à venir, en raison des mesures de biosécurité mises en œuvre pour renforcer la sécurité sanitaire des élevages.

Et du côté du CIFOG, quel est le bilan de ces deux années de crise sanitaire ?

Durant ces 2 années de crise sanitaire majeure pour la filière du Foie Gras, le CIFOG a mené un important travail de concertation avec tous les maillons de la filière, des experts scientifiques et des vétérinaires, afin de mettre en place, en collaboration avec les Pouvoirs Publics, de nouvelles règles de production adaptées à tous les modes d’élevages, permettant ainsi la sécurisation du risque sanitaire.

Ces nouvelles règles ont permis de circonscrire les problèmes sanitaires depuis le redémarrage de la production dans les élevages au mois de mai 2017.

Ce plan de sécurisation représente de très lourds investissements pour l’ensemble des maillons de la filière et en particulier pour les éleveurs. Il s’est traduit par un renforcement de la réglementation sur la conduite des élevages et sur le transport des animaux, mais également par la mise en place de contrôles préalables à tout déplacement d’animaux, la création d’un système d’alerte au niveau national, etc.

Un travail qu’il convient de poursuivre afin d’assurer la pérennité de la production de Foie Gras et de conserver son caractère plus que jamais premium issu d’une filière française d’excellence.

Quels sont les grands axes du plan de filière ?

Le Plan de filière à 5 ans est articulé autour de deux axes majeurs.

Le premier vise à proposer une offre en parfaite adéquation avec les attentes des consommateurs (biosécurité, bien-être animal, environnement).

Le deuxième axe doit permettre de valoriser les différents produits de la filière (Foie Gras, Magret, Confit) pour offrir une juste rémunération à tous ses acteurs, en passant notamment par le maintien d’une contractualisation forte, une meilleure valorisation dans chacun des segments de marché (grande distribution, restauration, vente directe, exportation) et en s’appuyant sur une promotion collective des produits.

Comment prévoyez-vous d’adapter l’offre à la demande ?

Après les deux crises majeures vécues par les producteurs et les transformateurs, les opérateurs ont défini les conditions optimales pour que la filière soit durable. Ces conditions reposent sur deux bases essentielles : une adaptation de l’offre à la demande et la définition d’un modèle d’élevage qualitatif en lien avec les attentes sociétales. Pour aller plus loin dans l’analyse, le CIFOG s’engage à enrichir ce tableau de bord de la filière avec de nouveaux indicateurs. En parallèle, la filière s’attache également à renforcer son lien avec les attentes sociétales en s’appuyant sur le déploiement des règles sanitaires, le respect du bien-être animal et de l’environnement.

Comment entendez-vous renforcer davantage les règles de biosécurité ?

Les élevages de plein air doivent être en mesure de gérer les alertes sanitaires (mise à l’abri de l’alimentation, des animaux en cas de risque, dépistage avant transport des animaux en période à risque, sécurisation du nettoyage/désinfection du transport). Ceci passe par une identification exhaustive des ateliers de production et des mouvements d’animaux. Les règles de biosécurité doivent être respectées par tous les maillons de la filière, impliquant notamment la construction de bâtiments pour abriter les animaux en cas de besoin, soit environ 750 000 m2 à créer en 5 ans. De plus, dès juin 2018, la Base de Données Avicole devra être renseignée à 100 % par les opérateurs et par tous les producteurs. L’outil cartographique de suivi en temps réel, développé en coordination avec les Pouvoirs publics et les autres filières avicoles devra être opérationnel en septembre 2018. Ce système d’alerte a parfaitement fonctionné cet hiver en mode expérimental (non automatisé)

Quels sont vos objectifs en matière de bien-être animal ?

Si les conditions d’élevage (Parcours extérieur, durée d’élevage longue) correspondent totalement aux attentes sociétales actuelles, la phase d’engraissement (en moyenne passée de 24 à 12 jours en 30 ans) est parfois mal comprise, par méconnaissance du processus et une perception anthropomorphique inappropriée de l’embucage qui est sans douleur pour les palmipèdes, dont la morphologie (œsophage élastique et non cartilagineux, absence de glotte,…) est adaptée à l’ingestion de grosses proies.

Pour plus de transparence, les producteurs de Foie Gras sont fédérés autour d’une Charte européenne en faveur du respect des animaux et le CIFOG a conçu une démarche volontaire « PalmiG Confiance », basée sur un contrôle indépendant du respect de leurs engagements. Cette démarche lancée en 2014 est vouée à se déployer et à s’enrichir du volet sanitaire. De nombreuses exploitations ouvrent d’ailleurs régulièrement leurs portes pour faire découvrir leurs techniques de production.

Et en matière d’environnement, va-t-on vers des élevages plus « verts » ?

Dans les 5 années à venir, le respect de l’environnement doit devenir un volet supplémentaire à la démarche PalmiG Confiance.

Plusieurs projets relatifs aux énergies renouvelables sont en cours, parmi lesquels la valorisation des déchets par méthanisation, l’installation de panneaux voltaïques sur les exploitations, la production de biomasse avec les déchets végétaux des parcours (agroforesterie), etc.

Les parcours extérieurs des palmipèdes doivent aussi faire l’objet d’une attention particulière. En effet, les pattes palmées des palmipèdes ont tendance à dégrader le couvert végétal. C’est pourquoi des recherches sont conduites sur des pâturages tournants, l’implantation de variétés plus résistantes au piétinement, etc. Par ailleurs, la nouvelle obligation d’alimentation en intérieur va favoriser la bonne maîtrise des rejets azotés dus aux déjections.

Le CIFOG, qui consacre d’importants moyens de recherche, s’engage à les maintenir, déployer le volet agroforesterie et évaluer la situation de la filière au regard des nouvelles énergies.

Concernant votre deuxième axe de développement, comment entendez-vous défendre une juste rémunération des éleveurs ?

En défendant le maintien d’une contractualisation forte dans la filière.

Les surcoûts générés par les investissements en biosécurité et les évolutions significatives du mode de production (bâtiments, etc.) seront durables et doivent être absorbés par le marché.

La réglementation européenne et la prochaine loi à paraître suite aux États Généraux de l’Alimentation ouvrent des voies nouvelles pour faire établir de façon objectivée les évolutions des coûts de production et les faire valoir auprès des opérateurs de la distribution. Le rôle des interprofessions reconnues, en particulier dans l’encadrement de la production pour améliorer le revenu des agriculteurs qu’a souligné le Chef de l’État dans son allocution à Rungis, doit permettre au CIFOG d’être proactif dans une filière d’excellence comme celle du Foie Gras. Cette revalorisation des revenus des producteurs passera inévitablement par une maîtrise de la production en parfaite adéquation avec la capacité du marché à l’absorber.

La grande distribution représente 80 % des achats des ménages pour leur consommation à domicile, comment valoriser davantage les produits dans les rayons des grandes surfaces ?

Le contexte de raréfaction de l’offre et l’opportunité offerte par les États Généraux de l’Alimentation sont une occasion pour les opérateurs de réorienter le marché à sa juste valeur. Il s’agit en effet pour la Profession de faire preuve de pédagogie quant à la hausse des coûts de production (Biosécurité, Responsabilité Sociétale, etc.), de promouvoir l’excellence de nos produits, de faire évoluer l’environnement et la mise en scène du Foie Gras « premium » avec les nouvelles présentations du marché, d’expliciter l’offre et de faciliter son accès aux consommateurs, de co-construire des leviers de croissance dans une volonté de partage de la valeur entre filière et distributeurs, etc.

La restauration consomme 30 à 40 % des volumes de Foie Gras du marché français, la filière peut-elle augmenter ses ventes sur ce segment ?

Nous visons une augmentation des ventes de Foie Gras à la restauration de l’ordre de 50 % en 5 ans en valorisant l’origine française ainsi que les autres produits de la filière palmipèdes gras (Magret, Confit). Pour ce faire, le CIFOG s’engage à créer une relation institutionnelle avec les organisations représentatives du secteur de la restauration hors foyer, à rencontrer les acheteurs grossistes et Cash & Carry et à mettre en place une communication proactive vers ce circuit de distribution. Par ailleurs, l’évolution de +50% en 5 ans ne passera que par la reconquête de parts de marché perdues ces 5 dernières années au profit de nos collègues européens et cette reconquête ne passera que par la mise en avant très forte d’un produit « Bleu Blanc Rouge ».

Quels sont vos objectifs en matière de vente directe ?

Le plan de filière se fixe pour objectif de maintenir les marchés dans les régions de production pour favoriser l’échange direct producteur/consommateur. La profession devra également accompagner le renouvellement des générations sur les exploitations concernées par ce type de commercialisation et les accompagner dans les informations à diffuser auprès des consommateurs. De plus, la filière vise le doublement des ventes via les réseaux de vente en ligne d’ici 5 ans.

Et en matière d’exportation ?

La filière se fixe comme objectif de retrouver le record de 56 millions d’euros d’excédent commercial et viser 100 millions d’euros d’ici 5 ans.

À l’exportation, le Foie Gras véhicule l’image de l’art de vivre à la française, un atout dont la capitalisation doit être poursuivie collectivement. Il s’agira de la mission de la Commission Export du CIFOG, en lien avec les services exports des marques nationales et les Pouvoirs publics.