Madame Studler nous a quittés

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Une personnalité exceptionnelle qui a porté très haut les couleurs de la sélection avicole française…Celle que le monde anglo-saxon aimait appeler avec respect et déférence, « Madame Studler », est décédée le 17 février à l’âge de 91 ans.

C’est en 1948 qu’Annick Jarry, jeune costarmoricaine de 22 ans, se lance en aviculture sur une idée de son mari André Studler. En 1948, elle est la première à importer par avion des Etats-Unis un lot de 700 poussins sélectionnés. La saga de la Maison Studler à La Bruyère au Foeil près de Saint-Brieuc (22) peut alors commencer ! Deux ans après, en 1950, elle complète sa formation en partant outre-Atlantique apprendre le sexage des poussins. Première Française à décrocher un diplôme dans cette spécialité, elle sexera des millions de poussins et formera nombre de sexeurs.

Lors d’un dîner à La Bruyère, elle obtient de René Pléven, l’homme fort du département des Côtes du Nord et ancien Président du Conseil, la création en 1959 à Ploufragan de la Station expérimentale d’aviculture, dirigée alors par le Dr Claude Meurier et à l’origine des laboratoires actuels de l’Anses. Une demande formulée à la suite de sa visite aux Pays-Bas d’un centre de testage avicole de souches « ponte ».

En 1962, elle crée avec plusieurs associés accouveurs, la SA Studler présidée par Jacques de Menou et dont elle assurera jusqu’en 1976 la responsabilité des services génétique et export. A ce titre, elle signe avec l’américain J.J. Warren un contrat de distribution exclusive de sa pondeuse rousse dans l’Union européenne. Elle tisse alors un réseau de filiales dans les premiers pays membres du Marché commun : Angleterre, Irlande, Espagne, Italie, Allemagne…Des pays où, à l’instar des USA, l’œuf blanc dominait alors largement.

Dans la foulée, elle obtient de JJ Warren la possibilité pour la SA Studler de procéder, à partir de lignées pures importées des USA, à son propre travail de sélection génétique. La pondeuse Warren, baptisée par la suite Isabrown, est alors sélectionnée dans ses propres installations costarmoricaines selon les souhaits tant des producteurs d’œufs que des consommateurs européens. La réussite est telle que cette pondeuse à œufs roux rivalise par ses performances avec les meilleures pondeuses à œufs blancs. Annick Studler convainc ainsi un nombre croissant de filières pontes européennes et mondiales de passer de l’œuf blanc à l’œuf roux mieux accepté par les consommateurs.

Au total, cette femme au caractère bien trempé, a parcouru quelque 75 pays, et commercialisé ses souches ponte dans plus d’une soixantaine de pays du Chili au Japon. Avec pour slogan « toujours imité, jamais égalé ! ». Bien épaulée par ses équipes aux premiers rangs desquels Marcel Perrot et Gérald Hubert, elle peut se flatter d’avoir hissé la sélection avicole ponte française au rang des firmes américaines les plus performantes. Mais, dans les secteurs du poulet, de la dinde et du lapin, elle ne connaitra pas une réussite aussi éclatante.

En avril 1976, après la création de l’Institut de Sélection Animale (ISA), elle interrompt son brillant parcours avicole qui lui a valu la remise de plusieurs décorations dont la Légion d’honneur, le Mérite national et le Mérite agricole (Commandeur). Lors de l’inauguration en octobre 2011 à Ploufragan des installations du groupe Hendrix Genetics, repreneur de l’ISA en 2005, Thijs Hendrix, son président, a choisi de leur donner pour nom « Studler Zoopole ». La reconnaissance du rôle éminent joué par Madame Studler, figure pionnière et emblématique de l’aviculture européenne.

Gérard Le Boucher