L’incorporation de blé entier se démocratise

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Certains aviculteurs ont pris l’habitude d’incorporer leurs céréales dans l’aliment des volailles qu’ils élèvent, essentiellement dans le but de réduire le coût de l’aliment. Rappelons que ce dernier pèse pour 60 % dans le coût de production du poulet standard. « C’est aussi un moyen de limiter le transport et les émissions de CO2 », a souligné Elodie Dezat lors de la journée technique organisée par les Chambres d’agriculture de Bretagne le 5 décembre à Loudéac (22). Mais sur le plan technique, cette pratique-a-t-elle des incidences ? Elodie Dezat et Coline Brame sont allées creuser la question en rencontrant plusieurs éleveurs installés dans le Nord de la France et en Pologne.

Jusqu’à 45 % de blé entier en finition

Avant tout, Elodie Dezat a bien détaillé la pratique des éleveurs : « il ne s’agit pas d’une dilution d’aliment qui consisterait à incorporer 10 % de blé en plus de la ration habituelle et donc à diluer l’anticoccidien, les vitamines, les minéraux au risque de dégrader les performances de croissance, l’indice de consommation et la qualité des carcasses ». On parle bien d’incorporation de céréales où l’éleveur va faire entrer son blé entier dans la ration des volailles à hauteur de 30 % et apporter le complément (tourteaux, CMV) à hauteur de 70 %. Une pratique facile à mettre en œuvre sur l’élevage : un silo blé et une trémie peseuse, soit un coût d’investissement de 15 000 €, le boîtier de pilotage permet de suivre la courbe d’incorporation. L’incorporation de blé débute au 10ème jour d’élevage et se poursuit jusqu’à la finition où le taux d’incorporation atteint 45 % en moyenne.

Attention néanmoins à a granulométrie et au tri particulaire, « il faut apporter l’aliment complémentaire sous forme de granulés car avec un complément farine, les volailles vont privilégier le grain entier », met en garde Elodie Dezat. Elle ajoute : « Stocker les céréales à la ferme, c’est un métier, du temps, des compétences ».

Un gain de 1,5 à 2 €/m2/lot sur 65 lots

L’incidence de cette pratique sur les performances technico-économiques des élevages se révèle plutôt positive au regard des résultats recueillis (cf tableau) avec une amélioration du GMQ, de l’IC et du rendement carcasse, ainsi qu’une réduction du taux de pododermatites en lien avec une réduction du taux d’humidité des fientes. Cette pratique a également un impact sur la flore : réduction de la flore pathogène et meilleure absorption des nutriments. Autre conséquence : une augmentation de la taille du gésier, ce qui demande d’apporter du gritt aux volailles en parallèle.

Au global, « on observe un gain de marge PA allant de 1,5 à 2 €/m2/lot chez les éleveurs pratiquant l’incorporation de céréales à la ferme (65 lots) par rapport à ceux utilisant un aliment complet du commerce (41 lots), coût du blé intégré », relève-t-elle. Le coût moyen de la tonne d’aliment revient à 326,1 €/tonne pour ces éleveurs contre 355,4 €/tonne pour l’aliment du commerce. Sachant que l’organisation de la filière est différente dans le Nord de la France : les éleveurs peuvent négocier leur approvisionnement en poussins avec plusieurs couvoirs et s’approvisionner chez différents fabricants d’aliment, seule la gestion des plannings pour l’abattoir est gérée par le fabricant d’aliment. « Le prix de reprise dépend de la cotation sur le marché DEINZE (indice hebdomadaire), les éleveurs ne connaissent donc pas le prix de reprise lors de la mise en place des poussins », précise Coline Brame.

Une pratique adoptée également en canard Barbarie

Cette pratique a aussi été adoptée par trois éleveurs de canards de Barbarie du groupement Volinéo : l’incorportation se fait à hauteur de 30 % dès 25-30 jours d’élevage, et perdure jusqu’à la finition. « Nous avons mis en place un contrat adéquat pour ces éleveurs et la formulation des aliments a aussi été adaptée. Les performances n’ont pas été dégradées et la marge PA des éleveurs a été améliorée », signale Guy-Marie Brochard, président de Volinéo et lui-même producteur de canards.

C’est une manière pour les éleveurs qui en ont la possibilité de valoriser leurs céréales alors que le contexte de prix est peu favorable à la vente, « le seuil critique économique étant estimé à 200 €/tonne de céréale », précise-t-il. « C’est aussi une manière de réduire le bilan carbone en limitant le transport », ajoute-t-il.


Performances technico-économiques avec ou sans incorporation de blé à la ferme

Critère                    

 

Aliment complet du commerce   Céréales + aliment complémentaire
Nombre de lots 41 65
Durée d’élevage (j) 43,1 43
Poids moyen(kg) 2,386 2,428
IC 1,641 1,614
Pertes (%) 3,46 3,02
Saisies (%) 0,62 0,03
GMQ (g/j) 58,34 59,21
IP 349 358
Productivité (kg/m²) 48,8 50,4
Densité démarrage (Animaux/m2) 21,2 21,4
Marge PA (€/m²/lot) 7,955 9,600