L’élevage « chair » Choquet fonctionne en énergie positive !

Extrait de la revue Filières Avicoles n°808 du mois de mai. Auteur : Gérard Le Boucher.

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Jean-Michel Choquet, éleveur de dindes et de poulets, est en première ligne de la reconquête du marché intérieur avec des poulaillers performants et une exploitation à énergie positive. Sa recette : chaudière à biomasse et litière, panneaux solaires, et station de compostage.

Il y avait foule le 14 mars dernier lors de la porte ouverte organisée sur l’exploitation avicole « pilote » de Jean-Michel Choquet à Trédion dans le Morbihan. Une exploitation qui comprend sur deux sites de production cinq poulaillers pour une surface globale de 7428 m². Sur le site principal situé à La Ville aux Houx, les visiteurs pouvaient voir deux poulaillers de type « Louisiane » (2×1200 m²), construits en 1993 et 1999, dédiés à la production de dindes (au total avec le 2ème site, 4000 m² en dindes), ainsi que deux poulaillers (2×1713 m²) montés à la mi-2016 (300 euros/m²) selon les techniques BEBC+, donc économes en énergie, et consacrés à la production de poulets lourds Princior.

Adhérent du groupement de producteurs Gaevol, et partenaire du fabricant d’aliment Sanders (groupe Avril), Jean-Michel Choquet, 49 ans, a pour débouchés des abattoirs/centres de découpe de la Société Bretonne de Volailles (groupe LDC) : Celvia en dindes, Les Volailles de Keranna et Boscher Volailles en poulets.

Une chaufferie avec brûleur breveté
Mais, ces visiteurs professionnels venus de tout le grand Ouest et précédés le matin par de nombreux élus locaux et régionaux, ont d’abord eu l’attention retenue par une vaste chaufferie construite tout à côté des bâtiments d’élevage. Une chaufferie qui est « une première » en France puisqu’elle est conçue pour chauffer les poulaillers du site en brûlant une partie de leurs litières usagées.
En présentant cette chaudière à biomasse et litières de volailles « Vali », Gérard Martin et Martin Schlosmacher, dirigeants des sociétés Atanor et Exedia porteuses du projet, ont souligné ses atouts. Avec en premier lieu, la maîtrise de la facture énergétique de l’atelier d’élevage grâce à une baisse annoncée des consommations de gaz de plus de 90% ! En brûlant les litières de volaille grâce à un dispositif breveté, cette chaudière d’une puissance de 300 kW permettra en outre de résorber les excédents de déjections et ainsi de s’affranchir plus facilement des limitations d’épandage.
Gérard Martin ajoute que ce process assurera ainsi « la valorisation de matières premières fertilisantes comme le potassium et le phosphore présents dans les litières » et leur possible transfert vers des régions autres que la Bretagne et déficitaires pour ce type de minéraux.
Des solutions techniques innovantes telles que l’épuration des fumées en plusieurs étapes, ont dû être mises au point pour faire en sorte que ce type d’équipement soit compatible avec la réglementation concernant les rejets polluants dans l’atmosphère. Le dirigeant d’Atanor déplore au passage que le régime réglementaire actuel soit plutôt adapté à des unités centralisées de forte puissance et pas suffisamment à des unités décentralisées comme celle de Jean-Michel Choquet qui procède de l’économie circulaire en circuit court…

Des aérothermes échangeurs de chaleur…
Cette chaufferie sert à porter à 85°C une réserve d’eau qui est ensuite envoyée, via des canalisations enterrées et pré-isolées, vers les aérothermes « Multiheat » installés près du faitage des poulaillers de l’exploitation. L’eau chaude circule alors dans un échangeur à ailettes. Un ventilateur reprend l’air en partie haute et le guide à travers l’échangeur pour le réchauffer (à 50-55°C). Il est ensuite propulsé jusqu’à 15 mètres de distance au niveau des volailles via des sorties d’air réglables par des volets en acier inox.
Parmi les avantages de ces d’aérothermes/échangeurs commercialisés par Intertec, leurs concepteurs soulignent l’absence de risques d’incendie, et d’émanations de CO², la forte réduction des émanations d’ammoniac, des litières plus sèches avec, pour conséquence, moins de pododermatites. A ce propos, en présentant ses investissements, Jean-Michel Choquet a précisé que sur les derniers lots de poulets lourds Princior élevés dans ses deux poulaillers récents aux sols bétonnés, les taux de pododermatites se sont limités à seulement 2 et 3 % !
A noter également que pendant les périodes de température élevée, ces aérothermes peuvent aussi servir à refroidir l’ambiance des poulaillers en faisant appel à de l’eau fraîche au lieu de l’eau chauffée dans la chaudière. Leurs fabricants mettent aussi l’accent sur la durabilité des matériaux mis en oeuvre dans ces échangeurs (ABS et inox), leur résistance à l’ammoniac, leur nettoyage aisé sans démontage…

Une isolation très soignée…
Ce mode de chauffage par échangeur d’eau chaude intervient dans deux poulaillers dans la conception et l’isolation assurent une basse consommation d’énergie (BEBC+). Construits par C-Lines, ils comprennent des panneaux sandwiches latéraux isolés par 50 mm de mousse de polyuréthane, et en toiture outre cette même épaisseur d’isolant, deux couches croisées – de 80 mm chacune – de laine de roche.
A noter également le double vitrage des fenêtres, lesquelles peuvent être occultées par des volets isolés, en particulier lors des démarrages par temps très froid. Enfin, le sol bétonné des bâtiments est isolé dans sa périphérie, d’où une meilleure jonction « thermique » avec les parois, et donc très peu de problèmes de condensation, et plus de confort pour les volailles.
L’éleveur fait observer que cette « super isolation », si elle sert bien sûr à ne pas gaspiller de calories par temps froid, protège également les volailles de la chaleur dès que la température extérieure s’envole…

4000 m² de panneaux solaires
Outre la production d’énergie assurée par la chaufferie qui valorise sous forme de combustible les litières de l’élevage, Jean-Michel Choquet a installé des panneaux photovoltaïques sur les toitures de ses récents et plus anciens poulaillers, sur celle de la chaufferie et du bureau, ainsi que sur celle de la station de compostage orientée plein sud.
L’installation de ces panneaux solaires est intervenue progressivement de 2013 à 2017, et a fait appel à plusieurs fournisseurs dont Armor Green, Emeraude solaire et Kerboas. Soit au total, quelque 4000 m² de panneaux bien exposés aux rayons solaires, avec au final une production de 670 kilowatts-crête rachetée par l’EDF.
Lors de la porte ouverte, l’entreprise Allowash effectuait des démonstrations de nettoyage des panneaux solaires à l’aide d’un robot qui peut laver de 300 à 400 m² de surface de toiture à l’heure, jusqu’à des pentes de 40%.

Entre la chaudière à biomasse et ces panneaux photovoltaïques, l’exploitation entend fonctionner en énergie positive : elle produira plus d’énergie qu’elle n’en consomme.

Les litières de dindes compostées
Autre démarche innovante, la construction d’une station de compostage d’une partie des litières (celle des poulaillers de dindes). Conçue et équipée par MatElevage, elle comprend une plate-forme bétonnée de 630 m² (15 x 42 m) montée dans un vaste hangar, et ventilée pendant la phase de fermentation du fumier (14 jours à plus de 55°C) via un réseau tubulaire à partir de l’arrière du local. A l’issue de chaque cycle de 25 jours, le compost hygiénisé est stocké sur place avant d’être repris par Terrial afin d’être valorisé comme amendement. Le pilotage et le contrôle du process de fermentation (montée en température, durée…) sont assurés par des sondes sans fil placées dans le compost.

Pour ce projet « pilote » particulièrement novateur aussi bien pour sa production d’énergie que pour son traitement des déjections, tout en étant performant et respectueux du bien-être animal, Jean-Michel Choquet a bénéficié du soutien de Sanders, du Conseil régional de Bretagne, du Conseil départemental du Morbihan, de l’Ademe, de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne et du concours de plusieurs experts de l’Itavi et des chambres d’agriculture.
Alors que la région Bretagne a perdu une part importante de sa production avicole au cours des quinze dernières années, cet éleveur qui est par ailleurs président du Cravi régional, espère que son projet va apporter des solutions constructives pour retrouver de la compétitivité face à la concurrence des produits importés.

Les « plus » de l’élevage Choquet

Pour être performant et compétitif, explique Jean-Michel Choquet, il importe d’être équipé de matériels qui évitent les tâches inutiles, tout en assurant les meilleurs résultats zootechniques, avec le maximum de sécurité sanitaire et de bien-être animal.
→ un rail de paillage disposé au faîtage des poulaillers neufs. Ce rail supporte un tuyau relié à la remorque pailleuse Dussau qui reste à l’extérieur du poulailler. En une heure de temps, l’éleveur peut épandre la litière lors de la préparation du bâtiment avant l’arrivée des poussins. Cette distribution qui peut aussi intervenir en cours d’élevage, est facilitée par la maniabilité du tuyau. Elle est pilotée précisément par une télécommande qui gère les débits en fonction des souhaits de l’éleveur.
des chaines d’alimentation Roxell équipées des assiettes « CoMeo ». L’éleveur précise qu’il n’a pas besoin de les régler une à une : posée au sol au démarrage, la ligne d’alimentation ouvre automatiquement l’arrivée de l’aliment dans les assiettes. Et grâce à leur faible hauteur et leur structure ouverte, elles assurent d’emblée une accessibilité maximale aux poussins. Par la suite, le relevage des chaines met l’ensemble des assiettes à la hauteur des volailles. Le constructeur souligne également la conception innovante du dispositif de nettoyage des assiettes.
→ un silo peseur intermédiaire situé entre les silos de stockage de l’aliment et sa distribution à l’intérieur des poulaillers. De la sorte, les quantités d’aliment distribuées sont précisément contrôlées et suivies.
→ des pesons automatiques reliés à la centrale AviTouch Tuffigo pour suivre précisément la croissance des volailles.
→ des caissons réfrigérés (deux par poulailler) pour le stockage des animaux trouvés morts (ATM), accessibles via des trappes dédiées, de l’intérieur de chaque bâtiment, sans qu’il faille transiter par les sas d’entrée.
→ des pompes doseuses pour d’éventuelles supplémentations dans l’eau de boisson, et pour nettoyer automatiquement les lignes de pipettes, en particulier lors des vides entre lots.
→ une ventilation étudiée en fonction de l’âge des volailles, du chargement au m², des opérations de desserrage et d’enlèvement des volailles (équipements Tuffigo). Avec des trappes Kan’air d’entrée d’air sur les côtés, des ventilateurs d’extraction latéraux (période de démarrage), des turbines d’extraction aux deux pignons. Lors de l’enlèvement des femelles, le relais de la ventilation en extraction au pignon équipé de huit turbines et où se trouve le portail principal du bâtiment, est pris par les quatre turbines du pignon opposé. Des turbines qui peuvent aussi servir lors des coups de chaleur.