Le secteur de l’accouvage en pleine mutation

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Après deux années difficiles, le maillon accouvage subit une forte restructuration pour tenter de sortir de la crise et consolider la filière. Charte bien-être, compartimentation, acquisitions récentes… Louis Perrault, président du Syndicat National des Accouveurs (SNA) revient sur l’actualité du secteur.

Quel est l’avancement de la charte bien-être accouvage ?

Conscient de la nécessité d’avancer sur la prise en compte du bien-être animal par le maillon sélection-accouvage, le SNA a mis en place une Charte BEA.

Cette démarche est conduite en lien avec le bureau de la Protection animale que nous rencontrons chaque année pour lui faire part de nos travaux, comme nous nous y étions engagés.

Le principe de cette Charte est simple, le même que celui qui nous a conduit à mettre en place la Charte Sanitaire du SNA en 1997 et qui fait l’esprit du SNA : emmener tous les adhérents, quelle que soit l’espèce, vers l’amélioration de leurs pratiques et une meilleure prise en compte du BEA.

Quels sont ses principaux axes ?

Nous avons mis en place une démarche progressive, constituée de 3 niveaux.

Le premier niveau se veut volontairement accessible à tous. Il comporte 3 points : la rédaction par la Direction de l’entreprise d’une lettre d’engagement, la formation d’un référent BEA pour l’ensemble de l’entreprise dans l’un des trois organismes de formation habilités par le SNA, et des équipements conformes à la réglementation européenne sur le BEA. Ce niveau est audité systématiquement depuis le 1er janvier 2018 lors de l’audit selon la charte sanitaire du SNA.

Le deuxième niveau concerne les bonnes pratiques BEA au couvoir : l’audit des ces bonnes pratiques est d’ores et déjà possible pour les couvoirs qui le souhaitent et deviendra systématique à partir du 1er janvier 2019.

Le troisième niveau concerne les bonnes pratiques en élevages de futurs reproducteurs et reproducteurs ; il est en cours de rédaction avec pour objectif de le finaliser fin 2018.

Comme pour la charte de qualité sanitaire du SNA, l’audit est réalisé par un auditeur externe Apave et l’agrément délivré par une commission composée de vétérinaires, responsables qualité et BEA, et de représentants des accouveurs, de l’Anses, de la DGAL et de l’Itavi.

Afin de rationaliser les audits, les audits BEA et sanitaire selon les chartes du SNA sont réalisés conjointement.

Où en êtes-vous concernant la mise en place de compartiments ?

Quatre compartiments français ont été agrées, très récemment, par l’UE : les deux sites de Sasso, un site Hubbard et un site Isa. Il incombe maintenant à la DGAL de transmettre cette information aux différents pays tiers et de négocier avec chaque pays intéressé.

Comment cette démarche est-elle perçue à l’international ?

Certains pays ont déjà manifesté leur intérêt pour cette démarche et demandent des informations à la France pour pouvoir reconnaître ces compartiments.

Cet intérêt s’explique pour les raisons suivantes : en premier lieu, ces pays ont des besoins de génétique aviaire, mais le concept du compartiment peut aussi les séduire pour protéger leurs propres entreprises exportatrices. Pour le moment, la validation des compartiments français reste récente, et les pays ayant accepté le principe sont toutefois peu nombreux, mais le fait que de plus en plus de sélectionneurs de par le monde accèdent à ce statut rend le concept de plus en plus reconnu comme une évidente solution aux embargos sanitaires.

Quel état des lieux faites-vous du secteur de l’accouvage suite aux dernières acquisitions ?

L’accouvage français dans son maillon Gallus chair vit une restructuration sans précédent. Il passe d’une période relativement figée à une véritable tornade ! Une conjonction de facteurs a entrainé ces mouvements :

  • Une transmission intergénérationnelle qui se tarit
  • Un secteur extrêmement à risque qui nécessite des ressources financières importantes
  • Un secteur secoué par deux crises IA successives
  • Des technologies qui bougent et imposent des investissements nouveaux

Un nouvel équilibre se met en place :

  • L’aval investi dans l’accouvage pour sécuriser ses approvisionnements
  • Des accouveurs du nord de l’Europe investissent sur notre territoire, trouvant, ici, un savoir-faire, des compétences reconnues et des possibilités de produire certainement plus faciles à développer que dans leur pays d’origine.
  • Des mouvements stratégiques s’opèrent au sein de la distribution de grands groupes.

Quels sont les défis actuels pour le maillon accouvage ?

Le maillon accouvage français est extrêmement diversifié : il touche toutes les espèces et toutes sortes de structure d’entreprise. Cela en fait sa particularité, sa richesse et sa force. Défendre chacun dans l’intérêt de tous est le rôle du SNA.

Des challenges propres à l’ensemble de la filière avicole française l’attendent : investir pour rester compétitif face à nos voisins européens dans un contexte de fortes attentes sociétales.