Le microbiote intestinal régule la réplication des virus IA chez le canard

192

Alors que les poulets sont des hôtes réputés très sensibles pour les virus influenza aviaires, les canards développent rarement des signes cliniques suite à l’infection, même s’il s’agit d’un virus influenza aviaire hautement pathogène. Les mécanismes impliqués dans cette différence sont à ce jour encore méconnus.

Pierre Bessière (ENVT-INRA-Chaire de Biosécurité Aviaire) dans ses travaux s’est intéressé à l’impact du microbiote intestinal sur la réplication antivirale et la réponse immunitaire en comparant deux groupes de canards Pékin infectés par un virus influenza aviaire hautement pathogène H5N9 : un dont le microbiote intestinal a auparavant été significativement déplété par un traitement antibiotique expérimental à large spectre (comportant des molécules à usage scientifique exclusif), et un qui n’a pas reçu de traitement antibiotique.

L’analyse de la réplication virale a montré que les animaux traités aux antibiotiques avaient une excrétion virale cloacale significativement plus élevée à 3 et 5 jours post-infection. A l’inverse, aucune différence n’a été décelée pour l’excrétion trachéale.

Chez les animaux infectés par le virus influenza aviaire H5N9 hautement pathogène et dont le microbiote intestinal avait été supprimé, la réponse immunitaire innée était modérément augmentée dans les poumons, tandis qu’elle était diminuée dans l’intestin, avec une diminution significative de l’expression des gènes stimulés par les interférons, quand bien même la réplication virale y était plus importante.

« Nos résultats montrent pour la première fois l’existence chez le canard d’une réponse immunitaire innée sur-régulée dans l’appareil respiratoire sans différence sur la réplication virale, et une réponse diminuée malgré une réplication virale augmentée dans l’intestin, suite à la déplétion du microbiote intestinal. Notre principale hypothèse est que la déplétion du microbiote intestinal se traduit par une diminution de la réponse immunitaire innée anti-virale et que la perte du contrôle de la réplication virale qui en résulte mène ainsi à une augmentation de l’excrétion virale » , avance Pierre Bessière.

Le microbiote intestinal pourrait maintenir une activité à bas bruit du système immunitaire, permettant à ce dernier de réagir de façon efficace et précoce lors d’une infection (Abt et al., 2012). Une étude a également montré l’implication du microbiote intestinal dans la régulation de la production d’anticorps, celle-ci débutant dans les premiers stades de l’infection (Kim and Kim, 2017). « Nous sommes actuellement en train d’investiguer les raisons ayant entraîné l’augmentation de la réponse immunitaire dans les poumons », précise-t-il. Des analyses sont également en cours afin de déterminer si la déplétion du microbiote intestinal pourrait rendre les canards plus sensibles à l’infection par d’autres virus influenza aviaires hautement pathogènes.