Julien Bernard a testé l’application Ebène

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Une heure… C’est le temps qu’a mis Julien Bernard, éleveur de volailles de chair à la coopérative du Gouessant, pour évaluer le bien-être animal de son lot de poulets de chair grâce à l’application Ebène développée par l’Itavi. 20 minutes pour le volet « comportemental », 30 minutes pour le volet « sanitaire », 10 minutes pour enregistrer les données. Son verdict : « simple à utiliser ! »

Anne-Sophie Cotten, chef produits volailles de chair à la coopérative du Gouessant, a participé au mois de juillet 2018 à la première session de formation à l’utilisation d’Ebène, une application développée par l’Itavi permettant d’évaluer le bien-être animal en élevage, de manière objective et répétable. « Cette formation d’une journée comprenait une partie théorique le matin, et une formation pratique en élevage l’après-midi », précise-t-elle.Du côté des éleveurs, c’est Julien Bernard, jeune producteur de volailles de chair (poulets/dindes) installé sur la commune de Gourin dans le Morbihan avec deux bâtiments (2 x 1 200 m²2), qui a été initié en primeur au mois de novembre dernier. « Comme je suis engagé dans la démarche Nature d’Eleveurs avec mon bâtiment neuf de 2018, j’étais un volontaire tout désigné », plaisante-t-il.Pour cette première, l’audit a été effectué par le biais du téléphone portable de son épouse, Elise, mais la prochaine fois, ce sera sans doute à partir d’un support tablette. La coopérative du Gouessant a en effet pris la décision, après une phase de tests, d’équiper progressivement les éleveurs de tablettes tactiles au cours du premier semestre 2019 et de passer au « tout numérique », les applications Ebène et Eva seront ainsi téléchargées et accessibles via la tablette.

Observation du comportement et du sanitaire

« C’est un outil très facile à utiliser », a commenté Julien après avoir testé l’application sur son lot de poulets de chair âgés d’une quinzaine de jours. L’audit en lui-même dure une heure, dont une dizaine de minutes pour remplir les différentes données. Il fait appel exclusivement à de l’observation visuelle et s’intéresse successivement au comportement des animaux et à l’aspect sanitaire du lot.Première étape (20 minutes) : évaluer le comportement… Pour ce faire, l’éleveur va s’arrêter une première fois dans son bâtiment à proximité d’un long pan et observer pendant cinq minutes les volailles situées alentour (sur une zone de 4 m2 environ), afin de comptabiliser les différentes attitudes recensées dans l’application Ebène. A savoir : animaux au repos, animaux qui halètent, bain de poussière, signe d’agressivité envers un congénère, exploration de l’environnement, toilettage, interactions avec les autres volailles, étirement des ailes/des pattes, attitude vis-à-vis de l’homme. Puis, l’éleveur procède à l’identique dans deux autres zones situées au milieu du bâtiment.Seconde étape (30 minutes) : le sanitaire… Là, il s’agit d’effectuer un aller-retour dans le bâtiment dans le sens de la longueur et de comptabiliser au passage les volailles blessées (présence de lésions visibles), les « immobiles », les « petits », les morts, les boiteux, les déplumés, et ceux présentant des malformations/anomalies. L’éleveur doit également observer estimer une douzaine de critères (note de 0 à 5) dont l’état de propreté des animaux et la qualité de la litière à la fin des 2 passages dans le bâtiment.

Mode d’emploi pour des données comparables

Mission réussie pour Julien Bernard, mis à part quelques soucis de téléphone qui ont perturbé les mises à jour de données sans entraver néanmoins le déroulement de l’audit ni l’enregistrement des données.« Avant d’utiliser l’outil, il est important d’être bien formé en amont afin de gagner en précision sur l’évaluation des différents indicateurs et être sûr que chaque utilisateur de l’application note de la même manière », précise Pauline Créac’h (Itavi). C’est un point de vigilance pour les personnes habilitées à former à l’utilisation de l’application Ebène, à savoir Amandine Mika et Laura Warin (Itavi). Et aussi pour les référents Ebène au sein des organisations de production. Anne-Sophie Cotten a ainsi pris le temps de bien briefer l’éleveur sur les différents indicateurs de bien-être à observer, et l’a accompagné lors de la mise en œuvre de l’outil pour la première fois. Des photos et des explications sont par ailleurs disponibles sur l’application pour lever d’éventuelles incertitudes.Les audits sont réalisés selon le protocole établi, la dernière semaine d’élevage pour avoir l’état du lot.

Analyse des données et évolutions à venir…

Une fois l’audit terminé, les résultats et conclusions sont immédiatement disponibles pour l’éleveur, et sont également transmis à l’organisation de production et de manière anonyme à l’Itavi. Un diagramme en toile d’araignée permet à l’éleveur de se situer, de se comparer par rapport à la moyenne calculée sur l’ensemble des élevages audités de son groupement.Julien Bernard considère l’application Ebène comme un outil de progrès et d’auto-évaluation de son travail. « C’est un bon moyen de vérifier l’impact d’un changement de pratique, comme par exemple l’ajout de chaînettes ou de ballots de paille, sur le bien-être de mes animaux », déclare-t-il. Même si l’éleveur passe environ 2H30 par jour (en trois passages) dans chaque bâtiment, il reconnaît que l’audit le pousse à davantage observer le comportement des animaux qu’il ne le fait d’ordinaire : « Je ne prends pas le temps au quotidien de me poser pour les regarder vraiment dans les détails ». Il n’a pas encore assez de recul pour identifier d’éventuels points d’amélioration de l’application Ebène, mais celle-ci est en toute logique appelée à évoluer en fonction des remontées terrain.Pour l’Itavi, l’acquisition de données bien-être permettra d’étudier leurs relations avec la génétique, les conditions d’élevage (ambiance, état de la litière, enrichissements, densité…) et avec d’autres indicateurs comme les pododermatites observées à l’abattoir. « L’Itavi va aussi travailler en 2019 sur un programme d’observation du comportement des animaux en continu grâce à un dispositif vidéo  », indique Pauline Créach, programme financé par le Ministère de l’Agriculture. Parallèlement, l’heure est au déploiement de l’application Ebène dans les différentes filières/espèces (volailles de chair, poules pondeuses, lapins, canards en cours de finalisation), et les formations allaient bon train fin 2018 (une par semaine), à raison d’une dizaine de participants par formation.

E.Viénot