Influenza aviaire : le bilan

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Camille Lalaurette et Jonathan Hercule de l’Itavi se sont intéressés à l’impact économique des crises d’Influenza aviaire en France, de la sélection à la transformation. En mobilisant les données technico-économiques issues des différents réseaux de collecte de référence, en compilant les statistiques nationales et internationales (production, commerce extérieur…) et en réalisant 26 entretiens qualitatifs et quantitatifs auprès des acteurs de la filière, ils sont parvenus à quantifier les pertes, secteur par secteur. Le maillon multiplication sélection accouvage a ainsi vu son activité diminuer d’environ 20 % et a perdu quelque 57 millions d’euros sur les deux crises, dont plus de 17 millions à l’export. Les indemnisations mises en place par l’Etat ont toutefois permis à 13 entreprises de récupérer 35,8 millions d’euros.

La production de palmipèdes a bien évidemment été largement impactée. La production de foie gras a chuté à 14 000 tonnes en 2016 et 11 000 tonnes en 2017 quand elle flirtait avec les 20 000 tonnes les années précédentes. Durant les deux exercices, les ventes à l’export ont diminué de moitié, surtout impactées par le repli du Japon. Au total, sur le marché de l’export, la France a perdu près de 37 millions d’euros sur les deux crises. Dans le même temps, les importations de foie gras cru (majoritairement en provenance de Bulgarie et de Hongrie) ont augmenté tant en volume qu’en valeur, faisant perdre 64 millions d’euros supplémentaires à la France.

Des indemnisations vitales

Pour les éleveurs, trois dispositifs d’indemnisation ont été mis en place pour atténuer l’impact des deux crises : abattage sanitaire lorsque l’élevage est identifié comme foyer de grippe aviaire (25 M€ versés au titre d’H5N1, indemnisation encore incomplète pour H5N8), abattage préventif (12,8 M€ versés à 332 éleveurs uniquement pour H5N8) et perte économique de non production lorsque le vide sanitaire a été imposé (59,7 M€ sur IA1 et chiffre encore inconnu pour IA2 mais l’enveloppe de 77 M€ ne sera pas utilisée à 100%).

Pour les entreprises d’aval, 8,2 M€ ont été versés pour H5N1 et 9,8 M€ pour H5N8. Enfin, dans le cadre des investissements dans les mesures de biosécurité, 1 400 dossiers ont perçu 22 M€ d’aides publiques sur 54 M€ d’investissements éligibles. «Clairement, la filière investit pour son avenir», insiste Marie Laborde du Cifog.

Au-delà de l’aspect financier, les deux crises aviaires ont entraîné un changement profond des modes de production. Avec la mise en place de la bande unique, la taille des bandes en élevage a augmenté de plus de 40 % tandis que les coûts de production ont progressé (charges de structure, amortissement…). «La rupture dans les pratiques et les équipements est flagrante.» Les organisations de production accompagnent les éleveurs dans ces évolutions. «Ces aides financières et d’accompagnement ont permis à 80 % des bâtiments à être aux normes de biosécurité à ce jour dans les élevages», soulignent Camille Lalaurette et Jonathan Hercule.