Échangeurs, fenêtre, chaudière biomasse et traitement de l’eau : le retour d’expérience de Stéphane Dahirel

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Installé en volailles de chair à Lanouée dans le Morbihan depuis 1990, Stéphane Dahirel dispose aujourd’hui de trois sites et 5 bâtiments. Au cours des années, il a progressivement rénové ses bâtiments pour réduire sa consommation d’énergie, répondre à la demande sociétale ou encore supprimer l’utilisation d’antibiotiques. Pour Filières Avicoles, il revient sur ces différents investissements.

En 2009, vous avez investi dans trois échangeurs récupérateurs de chaleur sur un bâtiment, permettant de réduire votre consommation de gaz de moitié. Avez-vous dupliqué l’installation sur les autres bâtiments ?

Oui, j’ai équipé deux autres bâtiments avec des échangeurs en 2012 après une grosse rénovation. L’un des bâtiments, qui avait déjà 38 ans, a été entièrement rasé et refait à neuf. Les deux bâtiments ont aussi été agrandis passant de 1000 m2 à 1500 m2. Aujourd’hui, ces deux bâtiments enregistrent des performances et des niveaux de consommation similaires.

Avez-vous effectué d’autres modifications sur ces bâtiments ?

Nous avons ajouté des fenêtres sur deux bâtiments, pour répondre à une demande sociétale. Les fenêtres doivent représenter 3 % de la surface au sol. On les a disposées au-dessus des trappes d’entrées d’air.

Les deux bâtiments les plus anciens n’auront pas de fenêtres, car l’un date de 1979 et l’autre de 1980. Ce serait comme mettre une clim dans une 2CV ! Sur des bâtiments anciens, un tel investissement n’a pas de sens. Puis matériellement, il n’y a pas la place puisqu’ils sont très bas sur les côtés et les murs sont amiantés.

Dans le dernier bâtiment, j’aimerais également ajouter des fenêtres, mais je n’ai pas encore trouvé la solution technique. Le bâtiment est aussi amianté, donc je me demande s’il faut changer les côtés ou percer les fenêtres sur le mur existant. Et faut-il positionner les fenêtres au-dessus ou en dessous des trappes de ventilation ? Sachant qu’au-dessus, l’espace est trop limité et en dessous, je ne pourrais pas les obscurcir, car le volet se retrouverait en face de la trappe de ventilation. Je ne vois donc pas de solution à ce jour, mis à part refaire tous les côtés, mais c’est un autre budget, et pas du tout rentable !

Est-ce que la pose de fenêtres a eu un impact sur votre consommation d’énergie ?

Ça ne peut pas l’améliorer puisqu’une fenêtre est moins bien isolée qu’un panneau sandwich. Maintenant, l’impact reste difficile à mesurer. La consommation de gaz a forcément augmenté, mais de combien ?

Comment parvenez-vous à valoriser la pose de fenêtres ?

Pour l’instant, la valorisation par l’Organisation de Production correspond à peu près à nos remboursements, mais il va falloir que cela dure quelques années pour que le retour sur investissement soit viable. Soyons vigilants !

Il ne faudrait pas que ce soit un effet de mode et qu’une fois que tout le monde est équipé, la valorisation financière soit abandonnée. Car nous pouvons amortir du béton, mais pas des fenêtres. C’est certes plus sympathique pour nous, mais pour le poulet, on ne sait pas. D’un point de vue zootechnique, on ne constate aucun effet positif particulier.

En rénovation, la pose de fenêtre n’est pas une priorité. Cela représente un certain coût, difficile à amortir. L’investissement est très variable, mais peut monter à plus de 15 euros du mètre carré. Cela dépend de la taille et du nombre de fenêtres. Plus on en met, plus c’est cher.

Avez-vous apporté d’autres modifications sur vos bâtiments ?

Je viens d’installer une chaudière à bois sur un bâtiment en remplacement des échangeurs installés en 2009. Je mesure déjà que l’on peut facilement maitriser le CO2. C’est beaucoup plus agréable pour nous et pour les animaux puisqu’il n’y a plus de gaz de combustion. Le seul bémol concerne le retour sur investissement qui dépend de plusieurs paramètres : le prix du gaz, celui de la matière première, de la performance zootechnique supplémentaire et des aides que l’on obtient, qui pour mon cas sont très faibles. Dans le cadre du plan bois énergie de la région, je n’ai obtenu que 6 000 euros d’aides.

Pourquoi avez-vous pris la décision de remplacer vos échangeurs ?

Nos échangeurs étaient usés. Et le nettoyage est infernal. Il faut compter une heure de lavage par échangeur. Moi j’en ai six, ça me prend une petite journée, six fois dans l’année. Globalement, c’est une semaine passée à laver de la poussière, pour un résultat qui de toute façon est moyen, car c’est impossible de les laver à fond.

Pour moi, les échangeurs d’air sont une transition. Ils permettent de passer d’un système énergivore au gaz, à un système intermédiaire avec les échangeurs d’air, avant un changement d’énergie.

Pensez-vous pouvoir maintenir voire améliorer l’économie d’énergie réalisée avec les échangeurs ?

C’est difficile à dire pour l’instant. Dans tous les cas, je supprime le gaz, remplacé par la biomasse, et réduis aussi ma consommation d’électricité, car avec les échangeurs, les consommations électriques étaient loin d’être neutres. D’autant plus que le prix de l’électricité ne cesse d’augmenter. Et quand on a 6 ventilateurs et 3 échangeurs qui tournent 24/24, on a de belles factures à la fin !

Saviez-vous que vos échangeurs avaient une durée de vie aussi limitée ?

Pas à ce point-là. Ils auront duré six ans, et la dernière année, on tirait vraiment dessus. Mais à l’achat on ne nous avait pas donné ce genre d’information. Un matériel neuf, surtout quand on est sur des nouvelles technologies, il est forcément parfait ! C’est à l’usage qu’on voit les défauts.

Prévoyez-vous de supprimer vos échangeurs encore présents sur les deux autres bâtiments ?

Oui, en attendant d’avoir une autre énergie. Probablement du bois. Mais vu le montant de l’investissement, on va attendre un peu.

Ce qui coûte cher, c’est l’installation du réseau d’eau qui transporte la chaleur dans le bâtiment. Puis il faut un local pour la chaudière et la réserve de bois. Et dès que les bâtiments sont un peu grands, il faut plutôt deux chaudières côte à côte qui vont tourner alternativement à fond, plutôt que de faire tourner les deux au ralenti en même temps. C’est aussi sécurisant en cas de panne.

Il existe aussi des solutions qui fonctionnent à l’air, mais je n’y crois pas.

D’autres modifications ont été réalisées ?

La modification la plus significative que nous avons réalisée ces dernières années porte sur le traitement de l’eau, qui nous a permis depuis trois ans d’arrêter les antibiotiques. Mais cela représente une gestion importante au quotidien.

Pour l’instant, on a réussi à supprimer les antibiotiques. Il arrivera sans doute une fois où on devra encore en utiliser, mais ça devra rester exceptionnel.