N°825 – Décembre 2018

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A LA UNE – Evénement : L’Itavi : 50 ans au service des filières – Tête à tête : Subventions : quelles retombées pour les entreprises agroalimentaires ? – Vie des entreprises Les Gens Les brèves

ECONOMIE – Le foie gras revient en force – Gestion : Mieux accompagner les agriculteurs en difficulté – Les Graphes Les brèves

FILIERES – Accouvage : L’accouvage poulet en pleine restructuration – Les conséquences de l’Influenza aviaire à la loupe

TECHNIQUE – Porte ouverte : Un nouveau bâtiment pour allier fonctionnalité et bien-être- Les brèves techniques

CE MOIS-CI : Le bilan des deux crises d’Influenza aviaires

emeline-nvxL’EDITO – Talon d’Achille

Le secteur avicole ukrainien fait peur et bouleverse depuis quelques temps déjà la donne sur le sol européen. Et pour cause…

60 % de la production ukrainienne de volailles est aujourd’hui issue des activités du groupe MHP, une « agro-holding » (grande firme agricole) construite sur un modèle verticalement intégré, allant des grandes cultures jusqu’à la distribution, et appartenant à un homme d’affaires proche du pouvoir politique. Les sites d’élevage s’y développent à une tout autre échelle que la nôtre : on trouve généralement 15 à 20 fermes implantées autour d’un abattoir et une usine d’aliments, chaque ferme comprenant 16, voire pour les plus récentes 38 bâtiments de 2 500 m2 chacun, gérés par des salariés.

« Un modèle très profitable »,commente François Cadudal (Itavi, service Economie) avec un ratio résultat opérationnel/chiffre d’affaires de 24 % pour MHP, parmi les plus performants du secteur, et ce à l’échelle mondiale. L’Ukraine bénéficie en effet d’avantages structurels et compétitifs forts : accès aux matières premières, une main d’œuvre formée et peu chère, modernité des équipements, économies d’échelle importantes.

Le groupe MHP représente actuellement 85,6 % des exportations de volailles ukrainiennes, et a posé des jalons dans l’Union Européenne avec trois sites à son actif : le premier en Slovaquie, le second aux Pays-Bas, le dernier dans les Balkans. Plus gênant, l’Ukraine, profitant d’une faille dans la législation européenne, exporte 40 000 tonnes de viande de volaille (filet avec morceau d’os, une découpe non répertoriée) via la catégorie « autre » qui n’est soumise à aucun quota, ni aucune taxe à l’importation,en plus des 20 000 tonnes via les quotas à tarif réduit déjà alloués par l’Union Européenne sur le filet de poulet.Les coffres sont ensuite désossés en Europe et revendus sur nos marchés avec une estampille européenne sans aucune mention de l’origine ukrainienne des produits.

Un talon d’Achille et une dérive qui espérons-le prendront fin en 2019 !

Émeline Viénot, Rédactrice en chef.