Comment améliorer ses revenus ?

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Comment évoluent les revenus des éleveurs de volailles ? Existe-t-il des différences par types de production ? Comment améliorer ses marges ou réduire ses charges ?

Jean-Michel Schaeffer, président de la Confédération Française de l’Aviculture et Élodie Dezat, ingénieure avicole à la Chambre d’Agriculture de Bretagne proposent quelques pistes de réflexion.

Les revenus des aviculteurs en quelques chiffres

FA : Quel constat faites-vous de l’évolution du revenu des producteurs ?

Élodie Dezat : En production de volailles de chair, le solde disponible pour la rémunération de l’éleveur s’améliore depuis le milieu des années 2000 où il avait atteint son seuil le plus bas, pour atteindre en moyenne 13,13 €/m² sur la période 2010-2016, soit un revenu annuel disponible moyen de près de 35 k€ en euros constants pour un éleveur disposant de 3000 m².

Malgré tout, les charges ne cessent d’augmenter donc finalement l’amélioration des revenus se retrouve un peu amputée, même si l’an dernier, les charges se sont plutôt bien maintenues, avec notamment un prix du gaz assez faible.

Par ailleurs, ce revenu moyen est estimé sur la base d’un bâtiment en grande partie amorti. Dans le cas de bâtiments neufs en cours d’amortissement, le solde disponible est beaucoup plus faible (8 €/m²/an en moyenne en 2016).

L’amélioration récente des revenus traduit aussi parfois une absence d’annuité, signifiant que les éleveurs investissent moins, ce qui n’est pas forcément une bonne nouvelle.

Jean-Michel Schaeffer : Aujourd’hui, nous avons du mal à recruter de nouveaux éleveurs, car même si les revenus sont relativement stables, les investissements sont de plus en plus importants. Or, l’âge moyen du parc de bâtiments est de 20 ans. La filière a donc besoin d‘investir pour gagner en compétitivité. Un bâtiment neuf permet d’améliorer les performances donc d’améliorer le revenu, mais aussi de mieux répondre aux attentes sociétales. Malheureusement, les revenus actuels ne sont pas suffisants pour encourager les éleveurs à investir.

Dans le cadre du plan de filière, nous avons émis l’idée de la création d’un fond pour faciliter l’accès au crédit des jeunes investisseurs. Des réflexions portent également sur l’utilisation des aides PCAE pour soutenir l’investissement en aviculture ou encore sur la façon de mieux prendre en compte l’investissement dans la rémunération.

FA : Certaines productions sont-elles plus rémunératrices que d’autres ?

Élodie Dezat : Les marges sont plutôt équivalentes pour l’ensemble des différentes productions de volailles de chair. Entre la production de poulet standard, le poulet lourd et la dinde, la marge brute fluctue entre 34 et 37 €/m2.

Les années précédentes, les marges étaient légèrement supérieures en poulets non sexés, mais celles-ci ont diminué l’an dernier.

Même chose pour les productions sous signe de qualité, la marge brute est quasi équivalente à ce que l’on va obtenir sur la volaille standard à cause des faibles densités, d’une productivité inférieure et des contraintes liées au cahier des charges.

En canard, les marges brutes sont certes plus élevées que pour les autres productions, mais d’autres charges plus importantes sont à prendre en compte, notamment pour l’entretien du bâtiment. Le coût du bâtiment est aussi beaucoup plus élevé, étant donné la nécessité de caillebotis et de matériel plus robuste. C’est pourquoi même si la marge brute est plus importante, le solde disponible est finalement assez équivalent aux autres productions.

Enfin, concernant la filière repro, les marges brutes atteignent 50 €/m2 avec un solde disponible de 22 €. Cette production est donc un peu plus rémunératrice, mais demande aussi plus de travail. La filière a d’ailleurs du mal à trouver de nouveaux éleveurs. L’investissement de départ est aussi plus lourd, puisque la production exige un sol béton et des pondoirs au milieu du bâtiment. Par contre, les besoins en isolation et chauffage sont moins importants.

Jean-Michel Schaeffer : Pour les productions en volailles de chair, que ce soit Label ou standard, les éleveurs éprouvent surtout des difficultés à absorber leurs investissements, notamment les premières années.

L’élevage de reproducteurs est effectivement plus rémunérateur, mais nécessite une très bonne technicité et un investissement de départ conséquent.

Enfin, la production de dinde présente clairement des impasses techniques, notamment avec l’histomonose. La filière s’est organisée avec des groupements, des caisses coups durs, etc., mais la production reste difficile, car nous n’avons plus vraiment les moyens techniques de faire face à l’histomonose.

Diversification vs spécialisation

La diversification des activités ou l’alternance des productions permettent-elles de consolider ses revenus ?

Jean-Michel Schaeffer : Cela dépend vraiment des situations. La spécialisation permet d’être plus performant, mais génère une plus grande fragilité face au marché.

Quant à la diversification, elle permet de diversifier les risques, mais elle nécessite de mettre en place des protocoles sanitaires très stricts, donc une exigence supplémentaire.

En revanche, l’alternance de productions dans un même bâtiment (dinde/poulet de chair par exemple) présente un avantage sanitaire.

Élodie Dezat : L’alternance de production permet de mieux s’adapter au planning et réduire un peu les durées de vide sanitaire. Cependant, il n’existe pas de réponse toute faite.

Pour la spécialisation, existe-t-il une taille critique ?

Jean-Michel Schaeffer : Chaque cas est un peu différent. On estime qu’un éleveur est spécialisé à partir de 4500 m2. En France, nous avons plus l’habitude d’être polyculteur-éleveur, avec des tailles d’élevage inférieures à celles de nos voisins qui tournent plutôt autour de 4500 m2 par exploitation agricole, notamment en volailles de chair.

Il est difficile d’affirmer qu’en agrandissant, on est forcément meilleur. Selon certains cas, la diversification peut être une meilleure alternative.

Élodie Dezat : On imagine souvent qu’agrandir permettra systématiquement de réduire les charges. Le problème c’est qu’en volaille une grosse partie des charges est proportionnelle, que ce soit le gaz ou les frais vétérinaires. La spécialisation permet éventuellement de mieux rentabiliser l’utilisation d’un télescopique ou d’une fumière, mais globalement un atelier de plus grosse taille n’engendre pas systématiquement une amélioration des marges.

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